Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 22 novembre 2009


Fête du Christ-Roi

« Je me demande si je ne devrais pas me suicider !  La vie est tellement difficile !  Qu’est-ce que t’en pense, toi, Jean-Charles?  Question qui m’a été posée la semaine dernière !  Lundi, je suis allé donner le sacrement des malades à un mourant !  On ne peut pas s’empêcher, à un moment ou l’autre de notre vie de penser à la mort,  à la vie après la mort,  à la fin du monde !

Et puis, devant cela, on a différentes attitudes possibles !   On peut fermer les yeux,  essayer d’oublier,  soit en s’agitant dans une multitude d’activités, soit en cherchant une tranquillité artificielle.  Ou bien, on se soumet.  On va jusqu’à nourrir son malheur.  On flirte avec le désespoir.  On peut aussi chercher à développer une attitude chrétienne en laissant l’Évangile allumer de l’espérance dans nos cœurs.

C’est peut-être pas évident de ce temps-là !  surtout qu’on lit des lectures d’apocalypse !  un mot qui dans le langage populaire signifie des événements terribles.   Mais, pour St-Jean, et il nous le dit au début de son livre, l’apocalypse, ce n’est pas l’annonce de grands malheurs, mais l’annonce d’une bonne nouvelle dans des temps de grands malheurs. C’est pas pareil !

Et si l’Apocalypse nous paraît si terrible, c’est peut-être parce qu’on porte en nous l’image d’un Dieu vengeur, dominant, qui va finir un jour par prendre sa revanche.  Ce n’est pas nouveau !  De tous les temps, les chrétiens ont toujours rêvé de déguiser leur Dieu en roi ou en empereur comme ceux que nous connaissons. 

Nous célébrons aujourd’hui la fête du Christ, Roi de l’Univers. Comment cette fête peut-elle être pour nous une source d’espérance?

 « Es-tu le roi des Juifs » demande Pilate à Jésus.  Comme représentant de l’empereur de Rome, ça l’inquiète !  Si Jésus se déclare roi, il devient un ennemi de l’empereur.  Il faudrait l’éliminer !   C’est la seule accusation sérieuse que Pilate pourrait porter contre Jésus.  

Mais Jésus n’a jamais revendiqué le titre de roi, à la manière de ce monde.

Qu’on se souvienne des tentations au désert :  « le diable l’emmène alors sur une très haute montagne;  il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit :  ‘Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes et m’adores… »  On connaît la réponse de Jésus.  Et puis, lors de la multiplication des pains, le peuple avait voulu enlever Jésus pour en faire leur roi,  mais il avait fui !

Pilate et Jésus sont seuls, face à face.   L’empire romain d’un côté, avec des armés formidables,  et le fils du charpentier de l’autre côté,   qui a pris la liberté d’annoncer un autre royaume :  « Mon Royaume ne vient pas de ce monde ».

Jésus nous dit :  « Si vous espérez que je change l’ordre des choses à la manière d’un roi qui impose sa volonté, vous vous trompez.  Si vous espérez mon retour dans la puissance et dans la gloire des chefs de ce monde, vous vous trompez.  Je ne suis pas venu pour être servi mais pour servir !  Je ne viens pas pour gouverner mais pour aimer… »  La seule royauté de Jésus, c’est celle d’un crucifié.  Son royaume à lui,  c’est un royaume d’amour !  Et, dans son royaume, il n’y a qu’une seule loi :  aimer et aimer encore jusqu’à donner sa vie.

Quand je fais une onction avec le St-Chrême sur les enfants, au baptême, je leur dis qu’ils sont « prêtres, prophètes et roi » comme Jésus.  Depuis notre baptême, nous participons à la royauté de Jésus !    Personne ne pourra jamais  nous empêcher d’aller dans le lieu secret de notre cœur !   Personne ne pourra jamais nous empêcher d’être en contact avec le meilleur de nous-mêmes !   Personne ne pourra jamais nous empêcher d’entrer en contact avec ce Jésus qui continue de parler à notre cœur !

Chaque fois que j’adopte, comme loi de vie,  l’amour du prochain;  chaque fois que j’exerce, comme seul pouvoir, celui de service des autres,  je fais apparaître,  sans éclat et sans bruit, le royaume de Dieu dès maintenant.  Chaque fois que je donne de la vie au monde,  que je donne du souffle à ceux qui se meurent de vivre,  que je manifeste l’infinie tendresse de Dieu,  que je m’engage pour la justice ou pour la défense des petits,  c’est Jésus qui continue aujourd’hui à se manifester comme le Roi de l’univers.

C’est vrai que Jésus est le Roi de l’Univers,  qu’il est le souverain de tous les rois de la terre,  qu’il est celui qui est, qui était et qui vient.   Avec lui, le mal et la mort n’auront jamais le dernier mot.  Le jugement définitif sur les êtres humains n’appartiendra jamais aux grands de ce monde,  mais à lui, Jésus, et à sa royauté d’amour

Méditons bien ces mots de Jésus à Pilate :  « Ma royauté n’est pas de ce monde… si elle était de ce monde, mes gardes m’auraient protégé… non, ma royauté n’est pas d’ici.  Je viens pour rendre témoignage à la vérité !  celle d’être l’envoyé de Dieu pour dire son amour au monde.

Poursuivons notre prière.