Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 15 novembre 2009


33e dimanche du temps ordinaire

Un jour, deux messieurs se présentent à mon bureau. Je pensais que c’était des vendeurs, mais, à un moment donné, il y en a qui sort une bible de sa valise et qui me lit une petite phrase de l’évangile d’aujourd’hui : « après une terrible détresse, le soleil s’obscurcira et la lune perdra son éclat. Les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées ». Il me demande si je crois à la fin du monde, si ça me fait peur et si ça m’incite à me convertir à Dieu. Vous avez sans doute compris! C’était des témoins de Jéhovah.

Alors, je lui demande de poursuivre sa lecture un peu plus loin. Et quand il arrive à la phrase qui dit: « Que la comparaison du figuier vous instruise: dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche »,  je l’arrête en lui disant que si la fin du monde ressemble à l’été qui est proche, ça ne devrait pas nous faire peur, que les signes du printemps, moi, ça me met de bonne humeur.   Complètement déconcertés, ils me demandent s’ils peuvent revenir me voir. Je leur ai répondu que « oui », mais je ne les ai jamais revus.

Dans toutes les générations, on a pu dire que la fin du monde était proche!  Des tsunamis, des tremblements de terre, des épidémies, des guerres, il y en a toujours eu!

Est-ce que Jésus veut nous faire peur?  Si on le pense, on est à cent milles à l’heure de la mentalité juive. Il faut savoir que, pour les peuples qui entouraient le pays de Jésus, et même pour certains juifs au temps de Jésus, le soleil, la lune et les étoiles étaient des divinités, des esprits qui habitaient le ciel et auxquels on rendait un culte. Quand Jésus nous dit que le soleil va s’obscurcir, que la lune va perdre de son éclat,  que les astres vont tomber,  il nous annonce la fin d’un monde sans Dieu, la fin de l’idolâtrie, la victoire de Dieu sur toutes les forces du mal.

Aussi, il nous invite à être vigilants, à garder les yeux ouverts. On le voit quand il nous dit :  « Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte…cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. »    Mais qu’est-ce que ça veut dire être vigilants?

Comme Jésus nous annonce la victoire de Dieu sur toutes les forces du mal, la fin de l’idolâtrie, être vigilants, ça veut dire ne pas sombrer dans toutes sortes d’idolâtries qui existent toujours dans notre monde. Être vigilants, ça veut dire garder les yeux fixés sur notre Dieu, sur Celui qui est le maître du monde;  garder les yeux fixés sur Jésus, sur son projet d’amour pour le monde. Ce n’est pas pour rien que, aujourd’hui, dans la dernière prière de la messe, on demande

au Seigneur d’augmenter la charité en nous, parce que c’est la seule chose qui va demeurer.

Être vigilants, ça veut dire aussi observer les bourgeons, les nouvelles pousses qui nous annoncent que l’été est proche. Ça veut dire être attentif aux signes de la présence de Dieu dans notre monde,  à toutes ces victoires sur les forces du mal, en être les porte-parole et les témoins. Je vous donne deux exemples.

À la fin de la guerre, dans un camp de concentration, un soldat américain a trouvé sur un bout de papier la prière d'un juif qui avait été exterminé. Une prière que je trouve extraordinaire!  "Seigneur, lorsque tu viendras dans ta gloire, ne te souviens pas seulement des hommes et des femmes de bonne volonté. Souviens-toi également des personnes de mauvaise volonté. Mais ne te souviens pas alors de leurs cruautés et de leur violence. Souviens-toi de la patience, du courage, de la camaraderie, de la grandeur d'âme, de la fidélité qu'ils ont recueillis en nous. Et fais, Seigneur, que les fruits que nous avons portés soient un jour, leur rédemption." 

Mon 2e exemple vient d’une lettre d’un détenu à Cowansville!  Il écrit : « En prison, délaissé par de nombreux amis (es), et critiqué ouvertement par les miens, Dieu s'est manifesté à travers deux personnes qui ont croisé ma route sans que je l'aie vraiment voulu. Je l'ai vu dans leur douceur, leur amitié, leurs gestes. J'ai senti tant de bonté et de pardon inconditionnel de leur part malgré les actes violents que j'avais commis.   Je me suis remis alors en question, et j’ai fait le choix de Dieu dans ma vie. Aujourd’hui, je sais qu’Il sera  toujours là pour me seconder, non pas pour tout faire à ma place. J'avais abandonné Dieu, mais LUI ne m'avait pas laissé tombé. Il m'attendait dans le détour. Je trouve dans ma foi de tous les jours, une force pour traverser chaque jour, un réconfort pour mes moments de troubles et de faiblesses, et une énergie nouvelle à le prier et à lui parler comme à un ami. »

Ces signes de la présence de Dieu sont peut-être extraordinaires. Mais il y en a plein d’autres dans notre monde qui nous annoncent que l’été est proche, qu’on monde nouveau s’en vient. Ils nous annoncent le retour de Jésus dans la gloire, le retour de Celui qui, sur la terre, a passé son temps à pardonner, à guérir, à relever et à aimer,  le retour d’un Dieu de tendresse et de bonté,  d’un Dieu plus fort que tout ce qui peut détruire, plus fort que toutes les forces du mal,  le Dieu de la Pâques,  le Dieu qui fait passer de la mort à la vie.

Poursuivons notre prière.