Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 8 novembre 2009


32e dimanche ordinaire

Rien de spectaculaire dans l’évangile!  Mais si St Marc a retenu cet événement,  c’est sans doute parce qu’il contient toute une leçon pour notre foi.

Imaginons la scène un moment!   Jésus est dans le temple : il voit le va et vient de la foule, l'agitation des enfants; il  entend les éclats de voix des marchands, le bruit des sous qui tombent dans une rangée de treize troncs  placés pour recevoir les aumônes.  Tous  les pèlerins qui sont là cherchent à plaire à Dieu, chacun à sa manière et chacun selon ses critères.  Ces pèlerins ont sans doute bien des raisons de s’émerveiller comme ceux qui vont à Rome, à Lourdes ou à Fatima.

Puis, avec beaucoup d'émotion, Jésus remarque une femme vêtue de noir, à la démarche incertaine,  déposer les deux piécettes qui lui reste dans un des troncs du temple. 

En bon éducateur qu'il est, il attire l'attention de ses disciples sur le geste que vient de poser cette femme.  En pratique, elle n'a rien donné!  Qu'est-ce qu'on peut faire avec deux cents?  Pourtant Jésus affirme qu'elle a donné plus que tout le monde.  Pourquoi?  Parce que son geste vient du cœur!  Elle a donné tout ce qu'elle avait pour vivre.  Sa foi est engagée!  Elle s'en remet à Dieu; elle lui fait confiance;  elle mise sa vie sur celui dont elle est sûre qu'il en prendra soin.  On pourrait dire que c'est bien moins une aumône qu’elle fait  et bien plus un geste de foi très concret.

On aurait pu aujourd’hui placer deux petites tables à l’entrée de l’Église.  Sur la première, deux cents noires comme la veuve de l’évangile, une petite cruche d’huile et un petit plat de farine comme la veuve de Sarepta avec une petite pancarte qui dirait :  « Elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. »  Sur la deuxième, le pain et de vin de l’Eucharistie avec une autre petite pancarte qui dirait : « Il a tout donné, tout ce qu’il avait pour vivre »


 

Pourquoi?  Parce que Jésus se reconnaît dans la veuve de l’évangile.  La veuve, c’est le vrai portrait du bon Dieu.  En envoyant son Fils dans le monde, Dieu ne donnait pas ce qu’il avait en trop, mais tout ce qu’il avait de plus précieux, son propre Fils.

Dans une lettre, St Paul disait aux Corinthiens : "Pour vous, le Seigneur Jésus Christ, de riche qu'il était, s'est fait pauvre, afin de vous enrichir de sa pauvreté".  Le geste de la veuve traduit la conduite de Dieu lui-même. Dieu nous a tout donné comme la veuve du Temple!  C'est le cœur même de notre foi.

Et il se peut très bien aujourd'hui que, malgré le fils des ans, notre foi continue de nous apparaître toujours fragile, bien petite,  et sans cesse remise en question.  Peut-être même qu'en regardant dans la maison de notre cœur, on se dit que notre foi ne vaut pas plus que 2 cents.  Jésus, vient nous dire lui, qu'aux yeux de Dieu, elle a son pesant d'or.  Parce que rien n'est plus précieux aux yeux du Père, nous dit Jésus, que ce lien de confiance et d'amour qui se tisse mystérieusement entre Dieu et nous.

Pendant notre célébration, prenons le temps de regarder dans le temple de notre cœur pour y méditer nos faits et nos gestes de croyants : nos temps de célébration et de prières, nos méditations de la Parole de Dieu, nos gestes de partage, nos actions pour la réconciliation et la paix.  Présentons-les bien humblement au Seigneur qui continue de s'en émerveiller, comme il s'est émerveillé devant le geste de la veuve.

Demandons aussi au Seigneur de venir mettre en nous la foi de l’amour de la pauvre veuve;  la grâce de toujours savoir regarder au-delà des apparences et de découvrir les vraies beautés cachées au fond des cœurs, la grâce d'apprendre le chemin de la confiance, de l'abandon et de l'émerveillement, la grâce de découvrir que, dans cette eucharistie, le Seigneur se donne entièrement à chacun et à chacune de nous.

Poursuivons notre prière.