Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 1er novembre 2009


La fête de tous les saints

Aussitôt qu’on entend parler de bonheur, on réagit, parce que, pendant toute notre vie, on cherche le bonheur.   Ce n’est pas pour rien que notre monde cherche à nous convaincre que le bonheur réside dans la nouvelle voiture, le confort, le soin de son corps, autrement dit dans AVOIR, et AVOIR toujours plus.  Ce n’est pas pour rien, non plus, que Jésus nous parle lui aussi de bonheur.  Mais pour lui, le bonheur n’est pas dans l’AVOIR,  mais dans le don de soi, dans la pauvreté, la douceur, la justice, la miséricorde, la pureté et la paix…

Un évangile important, celui qu’on vient d’entendre : la charte parfaite de la vie chrétienne, disait St-Augustin; résumé saisissant de tout l’évangile, le trésor qu’un homme trouve dans son champ, la perle fine qu’un marchand découvre et achète.  On peut aller encore plus loin en disant que Jésus nous livre son auto portrait, ce qu’il a été, ce qu’il a vécu, ce qu’il a fait.

Vous vous rappelez que, dans l’Ancien Testament,  Moïse avait donné à son peuple  un ensemble de lois pour guider toute sa vie.  Ces lois, il fallait les appliquer, et, si quelqu’un les transgressait, elles entraînaient des punitions, des peines, des sanctions.   Il suffisait parfois que deux ou trois personnes témoignent que quelqu’un avait violé la loi pour qu’il soit mis à mort.    On l’a bien vu lors du procès de Jésus.

Jésus, lui, vient nous révéler que, dans le royaume de Jésus, les valeurs fondamentales sont la paix, la miséricorde, l’amour, la douceur, la justice.  Il nous ouvre un chemin nouveau, un chemin rude, et même étroit, mais c’est celui qui conduit au bonheur, à la lumière de la vie.  On pourrait comparer les béatitudes aux panneaux-indicateurs qu’on voit sur la route.  Elles viennent nous indiquer si on est, oui ou non, sur le bon chemin, nous garantir, oui ou non, qu’on est sur la bonne route.  On peut dire des saints que nous célébrons aujourd’hui qu’ils étaient des gens sur la bonne route, sur la route des béatitudes.

On s’imagine souvent que, pour être des saints, il faudrait vivre comme des héros de toutes les vertus.   Il faudrait en même temps être pauvre comme François d’Assise, doux comme François de Sales, avoir faim et soif de la justice comme l’abbé Pierre, mystique comme Jean de la Croix, miséricordieux comme Mère Thérésa.  Disons-le tout de suite, mission impossible!

 


Il y a une religieuse, Mère Agnès de Jésus, qui comparaît les saints à différentes fleurs qui s’épanouissent dans le jardin de Jésus.  « Il y a les grands saints qui peuvent être comparés aux lys et aux roses, mais le Seigneur en a créé aussi de plus petits qui sont comme des pâquerettes ou des violettes. »  Elle ajoute : «  J’ai compris que l’amour de Notre Seigneur se révèle aussi bien dans l’âme la plus simple que dans l’âme la plus sublime ».

La sainteté, ça ne veut pas dire chercher de toutes nos forces à imiter les grands saints que nous connaissons.   La sainteté, c’est se présenter à Jésus, avec tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, avec nos qualités mais aussi nous défauts et nos limites, en le priant de venir faire sa demeure en nous,  parce que, les béatitudes, c’est lui. On est des saints quand, à l’image de Dieu, on met de l’amour dans notre vie, quand on se met au service des autres.  On est des saints quand on est heureux de vivre proches de Dieu, dans sa lumière, quand on est dans la grande famille des amis de Dieu.

« La Seigneur en a créé aussi de plus petits… »  nous disait la religieuse que je citais tantôt.  C’est une petite phrase à retenir, parce que la sainteté, c’est accueillir les dons de Dieu.   On pourrait faire une beau parallèle entre les béatitudes et les sept dernières paroles du Christ sur la croix.   Sur la croix, Jésus donne le pardon à ceux qui le persécutent, il donne le paradis à celui qu’on a appelé le bon larron, un fils spirituel à Marie pour qu’il lui assure soin et protection;  il donne sa mère à Jean le bien-aimé, il donne sa vie, il donne le salut à toute l’humanité.  Ces mêmes dons, le Seigneur nous les offre aujourd’hui.  La sainteté, c’est accueillir le don de Dieu. C’est se laisser habité par l’amour que Dieu nous donne, parce que son amour est infini et qu’il peut le déposer en nous.  C’est dans ce temps-là qu’on devient des saints.

Si on célèbre la fête de tous les saints aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’ils ont besoin de nos honneurs, c’est parce qu’ils sont des témoins de ce que l’amour de Dieu a fait en eux, de ce que l’amour de Dieu peut faire en nous.  Si nous les fêtons, c’est parce que nous avons  besoin d’eux pour qu’ils nous aident à vivre dans l’esprit des béatitudes.

Le bonheur, ça nous intéresse!  Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, l’Église nous invite, après le Notre-Père, à le demander,  « Seigneur, donne la paix à notre temps.  Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets. »

Poursuivons notre prière.