Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 25 octobre 2009


30e dimanche ordinaire

Je vais faire un spécial aujourd’hui!  Je vais me mettre dans la peau d’un habitant de Jéricho qui a été témoin de la scène qui nous est racontée dans l’évangile d’aujourd’hui. Je commence mon histoire.

J’étais là, cette journée-là, quand Jésus est sorti de Jéricho, une ville qu’on aime beaucoup, pleine de palmiers et de plantes à parfum. C’est pas pour rien que, il n’y a pas si longtemps encore, le roi  Hérode le Grand venait passer ses vacances d’hiver chez nous ! Et puis, il n’y a pas beaucoup de monde qui peuvent se vanter d’être dans une ville qui date du temps des patriarches; qui peuvent raconter comment les mûrs de leur ville se sont écroulés, dans le temps de Josué, au son des trompettes. Pas de chômage en ville, parce que tout le commerce du pays passe par chez nous. Il faut que je vous dise que, la semaine dernière, on a eu tout un scandale qui a fait la une des journaux.  Imaginez-vous que Jésus s’est invité à souper chez Zachée, le chef des collecteurs d’impôt et un voleur de la pire espèce, qui était allé jusqu’à monter dans un arbre pour voir Jésus passer par là!

On était nombreux à suivre Jésus, mais ne vous faites pas d’illusions.  Il y avait toute sorte de monde là-dedans.  Des gens qui espéraient le voir un miracle; d’autres qui aimaient le voir discuter avec les pharisiens qui n’en finissaient plus avec leurs lois, la dîme, lavage de cruches et de plats. D’autres qui aimaient juste l’écouter parce qu’il parlait de Dieu comme personne, parce qu’il pardonnait comme on ne pouvait pas l’imaginer.  Il y avait aussi ses disciples qui avaient abandonné leurs barques pour le suivre.  Et eux, comme Jésus parlait d’un royaume nouveau, ils espéraient que le pays revienne comment au temps de Salomon.  Ils rêvaient d’avoir des bonnes places, maire d’un village, gouverneurs d’une région, ministres dans le nouveau gouvernement. D’autres encore, entendant Jésus dire qu’on allait l’arrêter puis le traîner en cours, ne voulaient pas manquer ça.  Ça passerait à l’histoire, c’est sûr!

Toujours est-il quand sortant de la ville, on a vu le gars à Timée, celui qui est aveugle, qui était là comme d’habitude pour demander l’aumône.  Il fallait bien qu’il gagne sa vie!  Pas fou!  Il savait bien que les riches commerçants devaient passer par là pour prendre la route de Jérusalem.  Il espérait qu’ils le prennent en pitié et qu’ils soient  généreux pour lui.

Quand il nous a entendu arriver et qu’il s’est rendu compte que Jésus, celui qui guérissait les malades, celui qui aimait les pauvres et même un voleur comme Zachée était là, il s’est mis à crier comme un vrai perdu :  « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi »  On avait beau essayé de le faire taire, rien à faire,  il criait encore plus fort !  Je peux le comprendre, être aveugle, c’est pas drôle !

Des fois je pense à ça et  je me dis que c’était toute une prière qui faisait là Bartimée !  Pas une prière comme on imagine, avec des formules toutes faites d’avance.  Il criait, il criait sa détresses; il y avait de quoi vous arracher le cœur.  Au début, on aurait dit que Jésus n’entendait rien;  ce n’est pas tellement nouveau, on le lui reproche encore des fois.

 

 

Il y a une autre chose bien curieuse qui est arrivé.  Quand Jésus nous a dit d’aller le chercher et qu’on l’invitait à faire confiance, l’aveugle a jeté son manteau par terre, c’était son seul bien, il s’est mis à bondir et à courir vers Jésus comme s’il voyait déjà clair.  On aurait dit qu’il n’était plus aveugle du tout et que toute sa vie était transformée.  Ça m’a pris bien du temps à comprendre!  Plus j’y pensais, plus je me disait que Bartimée, c’est lui qui voyait clair et que c’était nous autres les vrais aveugles.  Vous vous demandez pourquoi sans doute!  C’est le premier qui a osé appeler Jésus « Fils de David », autrement dit reconnaître que c’était lui le messie qu’on attendait depuis des siècles.  Même ses disciples n’osaient pas le dire.  Bartimée, lui, a compris ça tout de suite.

Je pense que vous connaissez le reste de l’histoire !   « Va, ta foi t’a sauvé ! »  On pensait qu’il était pour retourner chez eux, mais non, il s’est mis à suivre Jésus sur la route.  Pourtant, c’était une route dangereuse.  Vous vous souvenez peut-être.  C’est sur cette même route qu’un samaritain s’était fait le prochain d’un homme  blessé, abandonné par des brigands et des bandits. 

Des fois, je rencontre du monde qui  se demande qu’est-ce que ça veut dire être disciple de Jésus !  Dans ce temps-là, je me dis qu’ils devraient se souvenir de l’histoire de Bartimée.  Quand Jésus lui a demandé « qu’est-ce que tu veux que je fasse pour toi?, il a su quoi répondre tout de suite.  Si Jésus nous posait la même question, je ne suis pas sûr qu’on pourrait lui répondre aussi vite.  Et puis, lui, il savait qui était Jésus!  Nous autres, je ne suis pas sûr qu’on le sait tout le temps.

J’entends encore Bartimée crier!  Pas parce qu’il était obligé de prier!  Pas avec des belles formules apprises par cœur qu’on récite sans trop penser à ce qu’on dit.  Sa prière! Mais, un cri qui s’enracinait dans son cœur parce qu’il savait qu’il y avait des choses à guérir dans sa vie.

Peut-être que, des fois, vous vous sentez dans le noir, comme Bartimée parce que vous vivez quelque chose de bien difficile.  Dans ce temps-là, prenez le temps d’écouter l’Église qui vous redit :  « Aie confiance, Jésus t’appelle! »

N’ayez pas peur d’abandonner votre manteau, ce qui vous tient trop à cœur, pour prendre le temps d’aller vers lui, croyant qu’il peut vous illuminer de sa lumière à lui.

Et puis, puisque vous croyez, comme Bartimée, que Jésus est le « Fils de David », le Sauveur du monde, suivez-le comme Bartimée sur la route, même si elle est parsemée d’embûches, et même si en en quelque part, vous devrez porter votre croix pour le suivre, comme il le disait lui-même.

Pour faire une histoire courte, j’aurais donc aimé ça que vous soyez là, cette journée-là, aux portes de Jéricho, pour voir la foi de Bartimée. Peut-être que, comme moi, vous auriez plus le goût de prier le Seigneur pour qu’il nous donne de grandir encore plus dans la foi.  On peut sûrement le demander au cours de notre célébration.

Poursuivons notre prière.