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Il n’y a pas
à dire, l’évangile qu’on vient d’entendre n’est pas
dans les nuages. Il
touche très concrètement notre vie et même celle des
nations.
On vient
d’entendre que Jésus était dans la région de Tyr et de
Sidon, deux villes qui sont dans le sud du Liban
aujourd’hui. Il
traverse la frontière pour s’en aller en plein territoire
de la Décapole, un territoire composé de dix villes païennes,
situées aujourd’hui en Syrie et en Jordanie.
Que Jésus traverse la frontière pour s’en aller en
plein territoire païen, c’est un peu surprenant.
Il avait déjà
dit qu’il avait été envoyé « aux brebis perdues de
la maison d’Israël. »
Mais il avait dit aussi qu’il était venu « pour
que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en
abondance. » Il
n’y a pas de frontières pour le bon Dieu. Jésus sort des
frontières de son pays parce qu’il pense à toute
l’humanité, sans distinction de races ou de cultures.
On sent qu’il veut que les hommes et les pays ne se
replient pas sur eux-mêmes, mais qu’ils tissent entre eux
des relations fraternelles, qu’ils bâtissent une communion
de plus en plus profonde entre eux.
Un beau message pour nos pays, nos paroisses, nos
communautés : ne pas se replier mais s’ouvrir les uns
aux autres.
Toujours en
plein territoire païen, « on
amène à Jésus un sourd-muet et on le prie de poser la main
sur lui. Jésus
l’emmène à l’écart, loin de la foule, lui met les
doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive lui touche
la langue. » Il
faut savoir que c’était absolument interdit pour
les juifs d’avoir un contact physique avec les païens.
Jésus n’en tient pas compte, comme il le fera une
autre fois avec un
lépreux. Si
Jésus franchit les frontières de son pays pour s’en aller
en territoire païen, on voit qu’il veut abolir les frontières
entre les personnes aussi.
Il y en a des frontières entre les personnes, on le
sait très bien! St-Jacques,
dans une de ses lettres, nous en donne un exemple en mettant en
scène un riche et un pauvre.
Il nous faut bien reconnaître qu’il y en a des
frontières dans nos communautés chrétiennes,
quand on fait des distinctions, par exemple, entre ceux
et celles qui ont une vie exemplaire à nos yeux, et ceux et
celles qui ont une conception morale un peu trop large à
notre goût.
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C’est bien
clair que Jésus a un autre regard que le nôtre sur les êtres
humain, il les
regarde dans la lumière de l’amour de son Père.
Au lieu de voir les distances qu’il y a entre lui
et le sourd-muet païen, il ne voit qu’un être humain
blessé qu’il faut remettre debout, un homme à qui il
veut redonner toute sa dignité. Vous avez remarqué ce que
Jésus lui dit : « Effata »,
« Ouvre-toi ! ».
Un petit mot d’évangile, bien sûr!
Mais un petit mot dangereux parce qu’il nous invite
à ne pas nous enfermer dans toutes sortes de limites étroites,
mais à sortir de nous-mêmes.
Devant le
geste de Jésus, les gens sont émerveillés, sans doute
parce qu’ils voient un homme qui est maintenant capable
d’entendre et de parler.
Mais ça va pas
mal plus loin. Ils
comprennent que la délivrance que Jésus apporte, c’est
pour eux autres aussi même s’ils ne sont pas des juifs. Je
suis certain que St Marc, en racontant cet événement, a
voulu rappeler à sa communauté que la délivrance apportée
par Jésus, c’était pour elle aussi.
Et puis, le
geste que Jésus pose en permettant au sourd-muet
d’entendre et de parler, a dû être très parlant pour
les apôtres. Souvent
Jésus leur a reproché de ne pas comprendre ses paroles, de
ne pas avoir assez de courage pour annoncer la Bonne
Nouvelle à tous, même aux païens.
En voyant le geste de Jésus, ils ont compris que Jésus
les invitait à ouvrir leurs propres oreilles à son
message, à délier
leurs langues pour qu’il le montre comme le libérateur
promis.
Et si ce
miracle était pour nous aujourd’hui… Jésus se fait
tout proche de nous aujourd’hui dans l’Eucharistie.
Il vient même en nous.
Demandons-lui de faire pour nous ce qu’il a fait
pour le sourd-muet, c'est-à-dire d’ouvrir nos oreilles à
la Parole, de nous donner de l’écouter et d’écouter
ceux et celles qui ont autour de nous.
Demandons-lui de nous délier la langue pour que nous
n’ayons pas peur de témoigner de lui, et pour qu’on
puisse chanter sa gloire comme la foule de l’évangile.
Poursuivons
notre prière.
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