Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 6 septembre 2009


23e dimanche ordinaire

Il n’y a pas à dire, l’évangile qu’on vient d’entendre n’est pas dans les nuages.  Il touche très concrètement notre vie et même celle des nations.

On vient d’entendre que Jésus était dans la région de Tyr et de Sidon, deux villes qui sont dans le sud du Liban aujourd’hui.  Il traverse la frontière pour s’en aller en plein territoire de la Décapole, un territoire composé de dix villes païennes, situées aujourd’hui en Syrie et en Jordanie.  Que Jésus traverse la frontière pour s’en aller en plein territoire païen, c’est un peu surprenant.  Il  avait déjà dit qu’il avait été envoyé « aux brebis perdues de la maison d’Israël. »  Mais il avait dit aussi qu’il était venu « pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »   Il n’y a pas de frontières pour le bon Dieu. Jésus sort des frontières de son pays parce qu’il pense à toute l’humanité, sans distinction de races ou de cultures.  On sent qu’il veut que les hommes et les pays ne se replient pas sur eux-mêmes, mais qu’ils tissent entre eux des relations fraternelles, qu’ils bâtissent une communion de plus en plus profonde entre eux.  Un beau message pour nos pays, nos paroisses, nos communautés : ne pas se replier mais s’ouvrir les uns aux autres.

Toujours en plein territoire païen,  « on amène à Jésus un sourd-muet et on le prie de poser la main sur lui.  Jésus l’emmène à l’écart, loin de la foule, lui met les doigts dans les oreilles, et, prenant de la salive lui touche la langue. »  Il faut savoir que c’était absolument interdit  pour les juifs d’avoir un contact physique avec les païens.  Jésus n’en tient pas compte, comme il le fera une autre fois  avec un lépreux.   Si Jésus franchit les frontières de son pays pour s’en aller en territoire païen, on voit qu’il veut abolir les frontières entre les personnes aussi.  Il y en a des frontières entre les personnes, on le sait très bien!  St-Jacques, dans une de ses lettres, nous en donne un exemple en mettant  en scène un riche et un pauvre.  Il nous faut bien reconnaître qu’il y en a des frontières dans nos communautés chrétiennes,  quand on fait des distinctions, par exemple, entre ceux et celles qui ont une vie exemplaire à nos yeux, et ceux et celles qui ont une conception morale un peu trop large à notre goût.

C’est bien clair que Jésus a un autre regard que le nôtre sur les êtres humain,  il les regarde dans la lumière de l’amour de son Père.  Au lieu de voir les distances qu’il y a entre lui et le sourd-muet païen, il ne voit qu’un être humain blessé qu’il faut remettre debout, un homme à qui il veut redonner toute sa dignité. Vous avez remarqué ce que Jésus lui dit :  « Effata », « Ouvre-toi ! ».  Un petit mot d’évangile, bien sûr!  Mais un petit mot dangereux parce qu’il nous invite à ne pas nous enfermer dans toutes sortes de limites étroites, mais à sortir de nous-mêmes.

Devant le geste de Jésus, les gens sont émerveillés, sans doute parce qu’ils voient un homme qui est maintenant capable d’entendre et de parler.  Mais ça va  pas mal plus loin.   Ils comprennent que la délivrance que Jésus apporte, c’est pour eux autres aussi même s’ils ne sont pas des juifs.  Je suis certain que St Marc, en racontant cet événement, a voulu rappeler à sa communauté que la délivrance apportée par Jésus, c’était pour elle aussi.

Et puis, le geste que Jésus pose en permettant au sourd-muet d’entendre et de parler, a dû être très parlant pour les apôtres.   Souvent Jésus leur a reproché de ne pas comprendre ses paroles, de ne pas avoir assez de courage pour annoncer la Bonne Nouvelle à tous, même aux païens.  En voyant le geste de Jésus, ils ont compris que Jésus les invitait à ouvrir leurs propres oreilles à son message,  à délier leurs langues pour qu’il le montre comme le libérateur promis. 

Et si ce miracle était pour nous aujourd’hui… Jésus se fait tout proche de nous aujourd’hui dans l’Eucharistie.  Il vient même en nous.  Demandons-lui de faire pour nous ce qu’il a fait pour le sourd-muet, c'est-à-dire d’ouvrir nos oreilles à la Parole, de nous donner de l’écouter et d’écouter ceux et celles qui ont autour de nous.  Demandons-lui de nous délier la langue pour que nous n’ayons pas peur de témoigner de lui, et pour qu’on puisse chanter sa gloire comme la foule de l’évangile.

Poursuivons notre prière.