Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 12 avril 2009


Dimanche de Pâques

Si je vous dis « polygonum », est-ce que ça vous dit quelque chose? 

C’est une plante étrange et surprenante!  Si vous avez planté un polygonum dans votre jardin, vous ne serez plus jamais capable de vous en débarrasser. Vous aurez beau le déraciner, aller jusqu'à la plus petite radicelle, le brûler, y verser du poison, immanquablement,  3-4 ans plus tard, vous verrez une petite pousse timide réapparaître au beau milieu de votre haie ou entre les pavés de votre cour.  Je trouve que c’est une belle image pour aujourd’hui!

Dans le jardin  de notre  humanité pauvre, aride, pécheresse, Dieu a planté un polygonum, et ce polygonum, c’est le Christ. Cette dernière semaine, les évangiles nous ont fait voir comment on a voulu l’enlever à tout prix, le faire mourir, mais, en cette de fête Pâques, nous reconnaissons qu’il a resurgit en plein milieu de notre jardin.

L’évangile vient de nous raconter que, le matin de Pâques,  Marie-Madeleine se rend au tombeau et constate que le corps du Seigneur n’est pas là.  Croyant qu’on  l’a enlevé,  elle court avertir Pierre et l’autre disciple qui est avec lui.  Et tous les deux se mettent à courir à leur tour  pour  découvrir la même chose, un tombeau vide.   Mais l’évangile nous dit de l’autre disciple : « Il vit et il crut ».  Il crut que Jésus était vivant.  Plus tard, St-Paul se mettra à courir lui aussi, à parcourir le monde pour annoncer la même nouvelle:  « Jésus est vivant », en ajoutant « Voilà tout notre message et voilà toute votre foi. »

En ressuscitant son Fils, le matin de Pâques, on voit que le Père se range du côté de Jésus et qu’il se reconnaît en lui.  En le ressuscitant, il vient nous dire que Jésus avait raison dans tout ce qu’il a dit et fait.  C’est parlant!  On voit maintenant quelle sorte de vie Dieu approuve, quelle sorte de comportement il attend d'un être humain.  Ça veut dire que ceux et celles qui marchent à la suite de Jésus, ceux et celles qui traduisent ses gestes peuvent s'attendre à partager le même sort.  Autrement dit, Dieu est logique et cohérent : ce qu'il a fait pour Jésus, il le fera pour nous aussi!

Celui qui a resurgit, comme un polygonum , le matin de Pâques, a fait sa place dans le jardin de l’humanité, à tel point qu’on voit des pousses surgir dans la vie de ses disciples.

Ils étaient peureux, ils deviennent remplis de courage!  Ils avaient du mal à parler et voilà qu’ils prennent la parole sur la place publique,  au risque de leur vie souvent. 

Paul, lui-même qui était un persécuteur devient un apôtre extraordinaire.  On comprend que la Pâques de Jésus, ce n'était pas juste pour Jésus, les disciples en ont été transformés.  

"Jésus est vivant".  Ces mots ont traversé deux mille ans d'histoire, et ont transformé la vie de millions et de millions de personnes, comme ils peuvent transformer la nôtre.  On pourrait bien dire que la fête de Pâques n'a d'intérêt que dans la mesure où elle peut changer quelque chose dans notre vie.  « Si vous ne croyez pas que le Christ est ressuscité », disait St-Paul, « c'est pour rien que vous êtes devenus croyants »!  Qu’est-ce que la fête de Pâques peut bien venir changer dans nos vies?

Nous vivons plein de situations!  On est affligé par la maladie; on tombe dans le péché, on se relève et on retombe encore; on  n'arrive pas à pardonner; on a du mal à croire en la Résurrection !  Et alors, on peut conclure que le Christ est disparu de nos vies, comme le polygonum déraciné ou brûlé.  Pourtant, il finit toujours par resurgir, là où on ne s’y attend plus souvent.  J’ai pu le constater pas plus tard que cette semaine. 

Dieu entend nos cris et il nous répondra comme il a répondu au Christ le matin de Pâques.  Nous tombons et retombons,  Il nous prendra par la main pour nous relever comme il a relevé son Fils au matin de Pâques. Nous avons du mal à pardonner,  Lui nous pardonne toujours parce que, à ses yeux, nous sommes bien plus grands que nos fautes, et il nous aidera à pardonner.   Nous avons du mal à croire, parce que, comme Marie-Madeleine, comme Pierre et Jean,  nous nous retrouvons devant un tombeau vide. Ouvrons les yeux et les oreilles de notre foi pour découvrir les petites pousses qui sont en train de resurgir!

Je souhaite que cette fête de Pâques ne soit pas pour vous comme toutes les autres.  Le matin de Pâques, Marie-Madeleine s’est mise à courir,  de même Pierre et Jean.  Ne vous inquiétez pas!  Je ne vous inviterai pas à courir comme eux-autres.  Mais je souhaite que cette  belle fête nous donne le goût de poursuivre notre marche ou de nous remettre en marche, le cœur rempli de joie et d’espérance, parce que la semence de vie que Dieu a planté dans le sol de notre humanité ne disparaîtra jamais.  Elle finit toujours par resurgir.

Je vous souhaite de Joyeuses Pâques!