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Il y avait une
fois un cirque qui donnait un spectacle en bordure d’un
village lorsqu’un incendie éclata.
Tout de suite, le directeur du cirque demanda au clown,
qui était déjà prêt pour le spectacle, d’aller au
village pour demander du secours.
C’était très dangereux parce qu’il y avait une
grande sécheresse et que l’incendie pouvait se propager
jusqu’aux premières maisons.
Alors le clown se précipita vers le village en
demandant aux gens de venir prêter main-forte aux gens du
cirque en détresse. Mais
les villageois prirent l’appel du clown pour un excellent
numéro publicitaire. Ils
applaudirent et rirent aux larmes.
Le clown avait beau essayer de raisonner sérieusement
la population en affirmant que le cirque était vraiment en
flammes, mais ses supplications ne faisaient qu’augmenter le
rire de la foule qui trouvait qu’il jouait admirablement
bien son rôle. Les
rires furent interrompus par le feu qui avait déjà atteint
les premières maisons.
En méditant
l’évangile, je me suis demandé si ce n’était pas ce qui
était arrivé à Jésus.
Il disait qu’il était venu apporter le feu sur la
terre et qu’il avait bien hâte que ce feu soit allumé.
Mais on ne l’a pas cru. Comme
le directeur du cirque, le Père avait envoyé son propre Fils
dans le monde pour nous livrer un message extrêmement
important, mais les dernières pages de l’évangile nous
montrent qu’on l’a traité comme un clown. On
voit les chefs qui
ricanent, les soldats qui se moquent, qui l’affublent d’un
drap écarlate, lui mettent une couronne sur la tête, un
roseau en guise de sceptre dans les mains.
On le malmène de toutes sortes de manières.
On peut dire qu’on est en pleine dérision.
Quand on va au
cirque, on est certain de voir un clown qui se casse la gueule
tout le temps, qui reçoit de coups de pieds dans le derrière,
des tartes à la crème dans la face et plein de seaux
d’eau. Ça nous
fait bien rire et ça nous soulage.
Pourquoi ça nous soulage?
Parce que
c’est sur lui, et pas sur nous autres, que tombent tous les
malheurs que nous redoutons :
la peur de nous casser la gueule, de perdre la face, de
ne jamais être à la hauteur, la peur d’être trop
maladroit, de
tomber tout le temps. En
plus, c’est sur lui que nous pouvons nous défouler de ce
qu’on aimerait faire mais qu’on ose pas faire comme :
donner une bonne
jambette à celui qui nous tombe sur les nerfs, une bonne volée
à celui qui nous a fait du tort, nous venger d’un mal qui
nous a été fait, et on pourrait continuer.
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Au fond, le
clown, comme Jésus sur la croix, vient nous révéler notre
vrai visage : nos peurs, nos faiblesses, nos blessures,
nos fautes les plus secrètes.
Le peintre Georges Rouault a produit plusieurs
tableaux représentant des clowns, parce que, disait-il, ils
traduisaient bien la souffrance ou la détresse humaine. Profondément
chrétien, il reconnaissait
dans cette humanité souffrante le visage du Christ.
« Arrivé
au lieu dit « le Crâne », ils l’y crucifièrent
ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite et
l’autre à gauche ». La croix nous présente un
visage blasphématoire de notre Dieu :
le visage d’un Dieu moqué, d’un
Dieu apparemment tout impuissant, d’un Dieu terriblement
humain, le visage d’un Dieu réduit à rien, qui a pris la
place du dernier des hommes, crucifié entre deux voleurs,
le visage de celui qui n’a pas retenu le rang qui l’égalait
à Dieu, pour devenir notre frère, par amour.
Au cirque,
s’il est toujours battu, le clown n’est jamais vaincu.
Il finit toujours par se relever pour recommencer à
faire rire les enfants.
Le Christ aussi a été battu, mais il n’a pas été
vaincu! Il
s’est relevé! Il
est ressuscité! Il
est toujours vivant pour
embraser et traverser toutes les vies : celles des
vaincus et celle des vainqueurs, celles des loosers et
celles des winners, celles des victimes
et celles des bourreaux.
« Père,
pardonne-leur, dit-il, parce qu’ils ne savent pas ce
qu’ils font ». Voilà
celui qui est notre Dieu.
Celui qui nous aime d’un amour tellement fou
qu’on a du mal à comprendre; celui qui, ce soir, vient
embraser nos vies de tout son amour, en nous libérant de
nos fautes comme on n’ose pas l’imaginer.
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Vous avez
peut-être remarqué que celui qu’on appelle le bon larron
ne demande pas à Jésus d’être libéré de sa croix.
Il demande tout simplement à Jésus de se souvenir
de lui quand il reviendra comme roi. Et Jésus le sauve en
lui disant : « Aujourd’hui, tu seras avec moi
dans le paradis ».
Jésus ne vient pas ce soir nous libérer de nos
croix, mais nous libérer par sa croix, par la plus grande
preuve d’amour qu’on puisse imaginer.
Aussi,
prenons maintenant un moment de silence pour écouter Jésus
nous redire, à nouveau, dans le plus intime de notre cœur :
« Père, pardonne-leur, parce qu’ils ne savent pas
ce qu’ils font. »
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