Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 15 mars 2009


3è dimanche du Carème

Juste quelques jours avant son arrestation, Jésus chasse les vendeurs du Temple, Tout de suite, on s’empresse de lui demander un signe pour justifier son geste. C’est un peu étonnant parce que Jésus, pendant trois ans, a donné beaucoup de signes: grâce à lui, des sourds entendent, des muets parlent, des paralysés marchent, des lépreux sont guéris. Toutes sortes de signes étonnants!

Mais il faut bien comprendre ces signes de Jésus. D’abord, il faut dire que, pour lui, accueillir des pécheurs, prendre un enfant dans ses bras, admirer la foi d’un centurion romain, l’audace d’une Cananéenne, ça avait autant d’importance que guérir un malade ou faire entendre un sourds.

Il faut dire ensuite qu’il ne voulait pas attirer l’attention sur lui en faisant des miracles.  Quand il en faisait,  c’était parce que son cœur était saisi de pitié devant la souffrance ou la détresse des personnes qu’il rencontrait;  c’était à cause de son amour fou de Dieu et des personnes. À l’inverse, on peut dire que, chaque fois qu’on l’a acculé au pied du mur, comme c’est le cas dans l’évangile d’aujourd’hui, chaque fois qu’on a voulu l’obliger à prouver qu’il était bel et bien le messie, il se défilait et refusait de faire des miracles.

Son cœur était habité par l’amour.  On vient de voir dans l’évangile qu’il s’adresse aux marchands de colombe. Ce n’était pas parce que les marchands de colombes étaient plus méchants que les autres.  Mais c’est avec eux autres que les pauvres devaient négocier parce qu’ils ne pouvaient se permettre d’acheter des bœufs ou des brebis pour les offrir en sacrifice.  On se rappelle que Marie et Joseph eux-mêmes ont offert deux petites colombes quand ils ont présenté leur fils au Temple. En s’adressant à eux, Jésus manifeste qu'il a un parti pris pour les pauvres, une tendresse particulière pour eux autres.

Pendant trois ans, Jésus a circulé sur les routes de son pays en faisant la volonté de son Père, en vivant dans l’intimité de Dieu, en manifestant son amour. Mais ce n’était pas encore assez pour les gens de son temps!  On veut des signes!  Un jour, par exemple, alors qu’il venait de nourrir 5000 personnes, on lui demande :  « quel signe fais-tu pour que nous te croyons ». Même chose que dans l’évangile d’aujourd’hui :   "Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais-là?"

Sommes-nous mieux que les Juifs au temps de Jésus?  On est avide de signes extraordinaires, merveilleux:  la messe célébrée par le pape est bien meilleure que celle d'un pauvre curé, la célébration dans un belle cathédrale  bien plus vraie que celle dans un gymnase d'école, une apparition bien plus crédible que la communion au corps du Christ, la conversion d'une vedette bien plus valable qu'un alcoolique qui arrête de boire. On s’arrête aux apparences bien plus qu’aux choses du cœur.

Je vous disais tantôt que Jésus cherchait constamment à faire la volonté de son Père.  Il nous invite à faire la volonté de Dieu, nous aussi, bien plus que de chercher des choses éclatantes.  Il nous invite à admirer ceux et celles qui ont le souci de vivre l’évangile au jour le jour, de vivre en fils et filles de Dieu, parce que, c’est ça qui est extraordinaire, et non pas les apparences. Je me souviens d'un interview à la télévision où le chanteur Raymond Lévesque avait dit: "J'ai donné $1.00 à une personne aujourd'hui pour lui permettre de manger,  j'ai contribué à changer le monde."  Ce sont des gestes semblables, tout simples, que Jésus nous invite à admirer.

Jésus a toujours conduit ses disciples par le chemin d'une foi dépouillée.  Il est toujours demeurer auprès d'eux comme le pauvre charpentier de Nazareth, affronté comme eux à la pauvreté, la fatigue, l'angoisse, la souffrance et la mort.  Il est demeuré discret même dans sa résurrection, en se manifestant à ses disciples avec ses mains et ses pieds blessés, avec son côté ouvert.

Nous sommes invités aujourd'hui à faire confiance, dans le silence et dans la modestie de la foi.  Que Dieu ait pensé à une croix pour son envoyé, ce n'est pas très brillant.  Le simple bon sens aurait voulu qu’il choisisse un philosophe au langage savant ou, encore mieux, un homme fort, capable d'imposer la paix au monde.  Mais non, Dieu a misé sur des pauvres pour bâtir son Église.  Il a choisi de la construire avec les faibles. Et, ce n'est pas si fou que ça parce que c'est le choix de Dieu et que son choix s'enracine dans un amour fou pour l'humanité.

Essayons aujourd'hui de moins nous attacher à des prodiges, à du merveilleux et plus à Jésus, dont le vrai signe était d'accom­plir la volonté de son Père.

Poursuivons notre prière.