|
Juste quelques jours avant son arrestation, Jésus chasse
les vendeurs du Temple, Tout de suite, on s’empresse de lui
demander un signe pour justifier son geste. C’est un peu étonnant
parce que Jésus, pendant trois ans, a donné beaucoup de
signes: grâce à lui, des sourds entendent, des muets
parlent, des paralysés marchent, des lépreux sont guéris.
Toutes sortes de signes étonnants!
Mais il faut bien comprendre ces signes de Jésus.
D’abord, il faut dire que, pour lui, accueillir des pécheurs,
prendre un enfant dans ses bras, admirer la foi d’un
centurion romain, l’audace d’une Cananéenne, ça avait
autant d’importance que guérir un malade ou faire entendre
un sourds.
Il faut dire ensuite qu’il ne voulait pas attirer
l’attention sur lui en faisant des miracles.
Quand il en faisait, c’était
parce que son cœur était saisi de pitié devant la
souffrance ou la détresse des personnes qu’il rencontrait;
c’était à cause de son amour fou de Dieu et des
personnes. À l’inverse, on peut dire que, chaque fois
qu’on l’a acculé au pied du mur, comme c’est le cas
dans l’évangile d’aujourd’hui, chaque fois qu’on a
voulu l’obliger à prouver qu’il était bel et bien le
messie, il se défilait et refusait de faire des miracles.
Son cœur était habité par l’amour.
On vient de voir dans l’évangile qu’il s’adresse
aux marchands de colombe. Ce n’était pas parce que les
marchands de colombes étaient plus méchants que les autres.
Mais c’est avec eux autres que les pauvres devaient négocier
parce qu’ils ne pouvaient se permettre d’acheter des bœufs
ou des brebis pour les offrir en sacrifice.
On se rappelle que Marie et Joseph eux-mêmes ont
offert deux petites colombes quand ils ont présenté leur
fils au Temple. En s’adressant à eux, Jésus manifeste
qu'il a un parti pris pour les pauvres, une tendresse
particulière pour eux autres.
Pendant trois ans, Jésus a circulé sur les routes de
son pays en faisant la volonté de son Père, en vivant dans
l’intimité de Dieu, en manifestant son amour. Mais ce n’était
pas encore assez pour les gens de son temps!
On veut des signes!
Un jour, par exemple, alors qu’il venait de nourrir
5000 personnes, on lui demande :
« quel signe fais-tu pour que nous te croyons ».
Même chose que dans l’évangile d’aujourd’hui :
"Quel signe peux-tu nous
donner pour justifier ce que tu fais-là?"
|
Sommes-nous mieux que les
Juifs au temps de Jésus?
On est avide de signes extraordinaires, merveilleux:
la messe célébrée par le pape est bien meilleure
que celle d'un pauvre curé, la célébration dans un belle
cathédrale bien
plus vraie que celle dans un gymnase d'école, une
apparition bien plus crédible que la communion au corps du
Christ, la conversion d'une vedette bien plus valable qu'un
alcoolique qui arrête de boire. On s’arrête aux
apparences bien plus qu’aux choses du cœur.
Je vous disais tantôt que Jésus
cherchait constamment à faire la volonté de son Père.
Il nous invite à faire la volonté de Dieu, nous
aussi, bien plus que de chercher des choses éclatantes.
Il nous invite à admirer ceux et celles qui ont le
souci de vivre l’évangile au jour le jour, de vivre en
fils et filles de Dieu, parce que, c’est ça qui est
extraordinaire, et non pas les apparences. Je me souviens
d'un interview à la télévision où le chanteur Raymond Lévesque
avait dit: "J'ai donné $1.00 à une personne
aujourd'hui pour lui permettre de manger,
j'ai contribué à changer le monde."
Ce sont des gestes semblables, tout simples, que Jésus
nous invite à admirer.
Jésus a toujours conduit ses
disciples par le chemin d'une foi dépouillée.
Il est toujours demeurer auprès d'eux comme le
pauvre charpentier de Nazareth, affronté comme eux à la
pauvreté, la fatigue, l'angoisse, la souffrance et la mort.
Il est demeuré discret même dans sa résurrection,
en se manifestant à ses disciples avec ses mains et ses
pieds blessés, avec son côté ouvert.
Nous sommes invités
aujourd'hui à faire confiance, dans le silence et dans la
modestie de la foi. Que
Dieu ait pensé à une croix pour son envoyé, ce n'est pas
très brillant. Le
simple bon sens aurait voulu qu’il choisisse un philosophe
au langage savant ou, encore mieux, un homme fort, capable
d'imposer la paix au monde.
Mais non, Dieu a misé sur des pauvres pour bâtir
son Église. Il
a choisi de la construire avec les faibles. Et, ce n'est pas
si fou que ça parce que c'est le choix de Dieu et que son
choix s'enracine dans un amour fou pour l'humanité.
Essayons aujourd'hui de moins
nous attacher à des prodiges, à du merveilleux et plus à
Jésus, dont le vrai signe était d'accomplir la volonté
de son Père.
Poursuivons notre prière.
|