Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 1er mars 2009


1er dimanche du Carème

Encore le carême!  Le 15e, 30e, 50e peut-être!  Un temps qu’on voit  depuis toujours, comme une période de pénitence,  pas cette pénitence qui nous dit qu’il faut souffrir pour réparer nos péchés,  mais cette pénitence que Jésus évoque dans l’évangile quand il nous dit : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle », la même petite phrase que nous avons entendue quand nous avons reçu les cendres mercredi dernier.

Jésus sait très bien qu’il nous arrive de nous engager sur de mauvais chemins qui ne conduisent nulle part.  On le voit tellement dans notre monde.   Se convertir, ça veut dire le reconnaître;  ça veut dire réorienter notre vie, revenir vers le Seigneur, prendre le mal en aversion, désirer changer de vie dans l’espérance que Dieu pardonnera nos fautes et qu’il nous donnera toutes les grâces dont nous avons besoin pour y arriver.

On avait un évangile très court ce matin, un évangile où Marc nous dit que  Jésus a été poussé par l’Esprit au désert et qu’il y a été tenté par Satan pendant 40 jours.

« Le désert! » Un mot très parlant, un mot à l’image de notre vie.  Comme les Hébreux qui étaient dans le désert autrefois, pendant notre vie, nous rencontrons toutes sortes d’obstacles sur la route; nous ressentons de grandes privations;  nous opposons toute sorte de résistance à Dieu.

Jésus est tenté par Satan. C’est la même tentation qu’Adam et Ève ont connue lors de la création.  Ils sont tentés par Satan qui cherche à mettre un doute dans leur esprit.  C’est comme s’il leur disait : « Et, si le Bon Dieu n’était pas cet Être si bon qui veut la vie et la joie de ses créatures?  S’il était plutôt un maître tyrannique, jaloux de son pouvoir divin? »  Ils l’écoutent! Ils sont certains d’emprunter un beau chemin, large et facile.  Ils revendiquent le pouvoir de décider eux-mêmes ce qui est bon et ce qui est mal,  ils s’enferment dans leur propre volonté d’indépendance, et ainsi, ils s’éloignent de Celui qui est la source de tout bien.

C’est toujours la même tentation qui nous habite.  Au milieu de nos épreuves, de nos difficultés, de nos privations, nous voulons décider nous-mêmes ce qui est bon et ce qui est mal en nous éloignant nous aussi de la source de tout bien.

Il fallait que Jésus vienne nous rejoindre dans notre impasse, dans ce que nous vivons.  Il fallait qu’il devienne semblable à nous en toutes choses à l’exception du péché.  Pendant 40 jours, Il a vécu la même tentation qu’Adam et Ève.  Satan, comme il l’a fait pour eux, veut lui faire croire qu’il pourrait être indépendant de son Père.  Jésus a résisté à cette tentation du démon en écoutant ton Père.  Il disait qu’il ne pouvait rien dire qu’il n’avait d’abord entendu de son Père, qu’il ne pouvait rien faire sans l’avoir d’abord vu faire par son Père.

C’est très éclairant!  Ça veut dire que la conversion, ce n’est pas d’abord un effort pour changer de vie, pour ne plus commettre de péché.  La conversion, c’est d’abord accepter humblement la Parole de Dieu, découvrir le visage de Dieu manifesté en Jésus.

Une vraie conversion, ça commence quand on se met à l’écoute de Jésus et qu’on parle comme lui,  quand on le regarde agir et qu’on agit comme lui.  Alors, Jésus devient pour nous comme une boussole qui nous permet de retrouver le bon chemin, celui qui conduit à la vie.  Autrement, nous devenons des « pharisiens » qui ne comptent que sur eux-mêmes pour devenir justes.

St Augustin disait : « Un homme baptisé est comme un navire dont la construction est terminée; il est orné de ses voiles; mais livré à la mer, il lui faut un gouvernail jusqu’à ce qu’il arrive au port désiré.  Il faut invoquer le Christ, le pilote du navire. » St Pierre, dans la 2e lecture tantôt, rendait grâce pour le baptême qui fait vivre de la vie même du ressuscité. 

Demandons au Seigneur, pendant notre célébration, la grâce de laisser paraître sur nos visages de baptisés, le vrai visage du Christ, le vrai visage de l’Église qui est porteuse d’un message de vie. Puisse ce temps du carême être pour chacun et chacune de nous un nouveau compagnonnage, plus intime, avec Jésus.

Poursuivons notre prière.