Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 22 février 2009


7è dimanche du temps ordinaire

Je ne sais pas si vous avez remarqué, vous autres, mais moi, je trouve qu’il y a un petit air d’obstination dans les lectures qu’on vient d’entendre!

Il fallait qu’ils soient pas mal obstinés les quatre hommes de l’évangile qui transportent un paralysé : le monter sur le toit parce qu’il n’y avait plus de place même devant la porte, creuser un trou dans le toit, trouver ce qu’il faut pour le descendre devant Jésus.   Il fallait vraiment qu’ils soient obstinés. Imaginez leur surprise, lorsque Jésus, au lieu de répondre à leur demande, commence par dire : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés ».  Ce n’est pas pour ça qu’ils se sont démenés autant. Ils ont peut-être étés scandalisés comme les scribes, parce que, ce que Jésus venait de dire, c’était complètement inacceptable pour les Juifs fidèles à la Loi de Moïse.

Comment faut-il comprendre cette parole de Jésus?

Veut-il nous dire que, si l’homme est paralysé, c’est à cause de ses péchés?

C’était la mentalité à l’époque. Tous les malheurs étaient vus comme une punition de Dieu pour des péchés qui avaient été commis. Je viens de dire, à l’époque.  Mais, c’est une pensée qu’on voit encore aujourd’hui.      « Qu’est-ce que j’ai bien pu faire au bon Dieu pour que ça m’arrive? Tant pis pour elle, pour lui, il l’a bien mérité! Le bon Dieu ne se laissera pas toujours faire…il va finir par payer pour…»

Un jour, des gens étaient venus rapporter à Jésus les grands titres de l’actualité : la chute d’une tour qui avait tué 18 personnes à Siloé; Pilate qui venait de massacrer des Galiléens qui s’opposaient au pouvoir de Rome. Jésus leur avait répondu que ce sont les hommes qui sont souvent à l’origine de leur malheur et non pas le bon Dieu. Une autre fois, lui et ses disciples avaient rencontré sur leur chemin un aveugle de naissance et ses disciples lui avaient demandé : « Qui est-ce qui a péché? Lui ou ses parents? » Ni lui ni ses parents avait répondu Jésus.

C’est la même chose pour le paralysé.  Jésus ne veut pas nous dire que c’est à cause de ses péchés qu’il est paralysé.

Alors, pourquoi Jésus, avant de guérir le paralysé commence par lui dire : < Mon fils, tes péchés sont pardonnés. »

Quand il regarde cet homme qu’on vient de déposer devant lui,  c’est toute l’humanité que Jésus voit devant lui : une humanité blessée, paralysée par son manque d’amour, incapable de vivre debout, incapable par elle-même d’aller vers son Dieu. Alors, c’est son Dieu qui vient vers elle.

Je vous disais tantôt que les quatre hommes s’obstinaient dans leur démarche.  On voit la même chose chez le bon Dieu : il s’obstine dans son amour pour les hommes.

500 ans avant la venue de Jésus, il disait par la bouche du prophète Isaïe : « Mais moi, oui, moi je pardonne tes révoltes à cause de moi-même, je ne veux plus me souvenir de tes péchés. »  C’est-ce que Jésus vient de dire au paralysé, c’est ce qu’il vient dire à l’humanité blessée et paralysée que nous sommes. Il annonce un monde nouveau.  Ce sont les péchés qui font vieillir le monde, qui nous font vieillir parce qu’ils empêchent la circulation de l’amour, parce qu’ils ratatinent les cœurs endurcis par l’égoïsme.  Dieu s’obstine dans son amour pour les hommes en proclamant constamment son pardon. Le pardon, c’est la voie nécessaire pour bâtir un monde nouveau. Il y a seulement l’amour qui peut vaincre le péché et permettre aux hommes de vivre.

C’est en accueillant cette miséricorde inconditionnelle de Dieu que nous parviendrons à aimer profondément, à laisser l’amour couler dans nos veines.  C’est en accueillant le pardon de Dieu que nous pourrons prendre  notre brancard et rentrer chez nous, c'est-à-dire  reprendre une vie normale, une vie de communion, et nous aimer les uns les autres.  Il n’y a pas d’autre programme de vie chrétienne.

« Voici que je fais un monde nouveau ».  C’est une Parole de Dieu!  Elle est donc toujours actuelle!  Elle est belle et pleine d’espérance.  Mercredi prochain, Mgr Ebacher viendra présider la célébration des cendres. C’est le début du Carême, un temps qui nous est donné pour apprendre à nous obstiner comme les porteurs de l’évangile, à nous obstiner dans notre prière et dans notre recherche du salut.  Profitons de ce temps  pour accueillir l’immense miséricorde Dieu, ce qui permettra à notre amour de mieux circuler à travers le monde.

Poursuivons notre prière.