Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 15 février 2009


6è dimanche du temps ordinaire

 « Tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu ».  Ce n’est pas compliqué, ce que Saint Paul vient de nous dire!  Des fois, on s’imagine que pour rendre grâce, dire merci, ça prend des choses bien spéciales : un bonheur inattendu, une promotion au travail, un bon billet de loterie.  St Paul, au contraire,  nous propose des choses tellement simples : « Manger, boire, ou n’importe quoi d’autre ».

Un jour, il y avait un prêtre qui prêchait une retraite des Sœurs aveugles de Saint-Paul, une communauté composée moitié de sœurs aveugles et moitié de sœurs voyantes. Chacune des sœurs voyantes s’occupaient d’une aveugle.  C’était émouvant de voir une sœur voyante qui s’approchait, en tenant la main d’une compagne aveugle pour recevoir le Corps du Christ.  Pendant la retraite, une sœur était venue lui parler.  Il lui demanda : « Comment voyez-vous?   Un peu, beaucoup ou pas du tout, avec les beaux yeux bleus que vous avez?  Elle lui répondit : « Mes yeux sont en plastique». Il comprit ce que ça voulait dire « la grâce de voir».  Il avait toujours compris cette grâce comme quelque chose qui lui était dû!  Maintenant, il comprenait que cette grâce l’invitait à rendre gloire à Dieu.

C’est vrai qu’on vit souvent comme si tout nous était dû. Et, on n’arrête pas d’en demander encore plus en oubliant de dire merci à Dieu, de lui rendre gloire.  Pourtant, rendre grâce, c’est ce que nous faisons en célébrant l’eucharistie, c’est la plus grande prière des chrétiens. Je suis sûr qu’on pourrait dresser une longue liste des grâces que nous avons pour les transformer en prières de louange et de bénédictions à Dieu. 

Une fois, il y avait un spécialiste en liturgie qui alla donner une session dans une communauté de sœurs qui se consacraient à la rééducation des sourds-muets. Une religieuse lui parla du désespoir des parents lorsqu’ils découvraient que leur enfant était sourd-muet, et toute l’espérance qui les habitait quand ils amenaient leur enfant dans leur communauté. Les sœurs, avec beaucoup de technique et de patience, apprenaient à ces enfants à articuler les premiers sons, puis finalement à commencer à parler.  Et, quand, au bout d’un mois, les parents venaient visiter leur enfant pour la première fois et que leur enfant réussissait à les appeler « papa» ou « maman», de grosses larmes coulaient sur leurs visages. 

Je me dis que notre vie devant Dieu ressemble à la rééducation des enfants sourds-muets. Parfois, nous avons les oreilles bouchées, sourds, incapables d’entendre sa voix.  Parfois nous sommes muets,

incapables de parler, de rendre grâce à Dieu.   Et lui, à travers mille chemins de joie ou de détresse, nous conduit pour qu’on réapprenne à l’écouter et à lui parler.  Et quand, à cause de son amour, nous l’appelons vraiment «Père», pour la première fois,  il n’y a peut-être pas de larmes qui coulent sur son visage,  mais nous faisons son bonheur.

« Tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu».  Pour rendre gloire à Dieu, ce n’est pas nécessaire qu’on soit inondé de bonheur.  Je vous lis un autre témoignage émouvant, celui-là raconté par un missionnaire en Afrique. Il racontait ceci :

« C’était un beau dimanche matin!  Comme j’étais arrivé trop tôt pour célébrer la messe, je me suis assis à l’arrière de l’église pour regarder la célébration. Puis, j’ai  vu arriver un lépreux. « Arriver». C’est une manière de dire! Ses jambes avaient été rongées par la maladie. Il était assis comme sur un traineau et il se servait de ses mains comme béquilles.  Il se plaça tout près de moi, au fond de l’église. Au moment de la quête, on passa avec d’énormes corbeilles pour recueillir, non pas de l’argent, mais des dons en nature qui allaient être distribués aux pauvres pendant la semaine à venir.  Quand la corbeille fut près de lui, il se pencha et y déposa avec grand soin une petite fleur qu’il avait cueillie au bord de la route. Il y avait beaucoup de mouvements : un énorme tambour qui rythmait la musique, la foule qui chantait, vibrait, se balançait doucement.  Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à la petite fleur qui cherchait sa place dans la corbeille au milieu des bananes et des racines de manioc.  Je me disais qu’elle devait peser bien lourd dans la balance où les anges pèsent nos actes qui rendent gloire à Dieu. 

Comme chaque semaine, nous sommes réunis pour la messe, pour rendre gloire à Dieu.  C’est un mot qui revient souvent, le mot « gloire », dans l’eucharistie :  « Nous rendons gloire à Dieu »,  « Il est juste et bon de te glorifier »,  « Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire »,  « Gloire à toi qui était mort, gloire à toi qui est vivant »,  « tout honneur et toute gloire », « Pour la gloire de Dieu et le salut du monde. »  Aussi, ce matin, quand vous entendrez le mot « gloire », essayez de penser à toutes ces grâces que vous avez et transformez-les en prières de louange et de gloire : « Tout ce que vous faites : manger, boire,  dormir, regarder, entendre, aimer, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu. ».