Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 8 février 2009


5è dimanche du temps ordinaire

Comment ça va aujourd’hui?  Quand on pose cette question là à quelqu’un, on est presque certain qu’il va nous répondre : « Je suis bien occupé! Ça n’a pas d’allure! Pas le temps de s’arrêter un peu! » Les lectures que nous venons d’entendre vont un peu dans le même sens en nous présentant trois personnes bien occupées.

D’abord Job, dans la 1e lecture!  Il nous disait qu’il voyait sa vie comme une corvée, qu’il est obligé de faire des journées de manœuvres, qu’il désire un peu d’ombre comme un esclave, qu’il attend sa paye.  Il y a pas mal de monde chez nous qui se trouvent dans la situation de Job, qui vivent des journées de travail interminables, des nuits trop courtes, qui sont obligés d’avoir deux emplois pour arriver. On trouve que la vie va trop vite et qu’on n’a pas le temps d’en profiter.

Et alors, on se demande si la vie a un sens, et la question devient de plus en plus lancinante quand des événements malheureux, imprévisibles nous tombent dessus.

Même chose chez Paul dans la 2e lecture.  On sait qu’il exerçait le métier de tisserand pour n’être à la charge de personne.  Mais, en plus, il a reçu une charge que Dieu lui a confiée, la tâche d’annoncer l’évangile. Et il n’y va pas à peu près :  il se fait le serviteur de tous, il partage la faiblesse des plus faibles, il se fait tout à tous. C’est une nécessité qui s’impose à lui.

Mais à la grande différence de Job, il trouve que sa vie a un sens.  Il nous le dit.  S’il travaille fort, c’est pour « bénéficier lui aussi du salut. »  Il sait que tout ce qu’il fait le conduira à une nouvelle rencontre avec Celui qu’il a déjà croisé sur le chemin de Damas.

Jésus aussi fait de grosses journées. Après sa prédication dans la synagogue le jour du sabbat, il se rend dans la maison de Pierre, sans doute pour se reposer un peu.  Mais aussitôt arrivé, on lui parle de la belle-mère de Simon qui souffre de la fièvre et Jésus la guérit. Et le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amène tous les malades et ceux qui étaient possédés par des esprits mauvais.Il guérit toutes sortes de malades, il libère les possédés. Marc va jusqu’à nous dire que toute la ville se pressait à la porte.

 

On pourrait bien se surprendre à rêver en couleur et nous dire que, si Jésus était là aujourd’hui, ce serait bien mieux pour les malades, et pas mal moins heureux pour les médecins et les pharmaciens.  Mais Jésus n’a pas guéri tous les malades de son temps. Par ces gestes, il veut démontrer que le règne de Dieu est arrivé,  nous rappeler que Dieu est Père, qu’il est une source inépuisable d’amour, qu’il ne sait faire rien d’autre que d’aimer. Pour lui aussi, sa vie a du sens.  Il assume la mission qu’il a reçu de Dieu;  il l’assume jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie, un don qui le conduira à trouver la vie pour toujours auprès du Père dans sa résurrection.

Vous devez vous demander un peu où je veux en venir. Il y a un autre point commun entre Job, Paul et Jésus.  Ce sont des personnes bien occupées, et pourtant ce sont des hommes de prières.  Les trois consacraient du temps à la rencontre du Seigneur, soit en se rassemblant avec d’autres dans la synagogue, soit dans des moments d’intimité, seuls avec leur Dieu.

Job s’écrie en disant : "Souviens-toi, Seigneur, ma vie n'est qu'un souffle."

Paul dira dans une de ses lettres : « Nous rendons continuellement grâce à Dieu pour vous tous quand nous faisons mention de vous dans nos prières. » Et Marc nous dit : "le lendemain, bien avant l'aube, Jésus se leva.  Il sortit et alla dans un endroit désert, et là, il priait".  On le voit souvent dans l’évangile.  Jésus prie avant de commencer sa mission, avant de choisir ses disciples, au jardin des Oliviers.

S’il y avait un message à trouver dans les textes d’aujourd’hui, il me semble que c’est celui-là.  Oui, nous sommes tous des gens bien occupés mais je pense qu’il faudrait chercher à nous donner un peu plus de temps pour la prière.  Quand  je me regarde, je me dis que mes préoccupations sont presque toujours religieuses, et pourtant, moi aussi, comme vous, je reçois cet appel à trouver dans ma vie des moments de silence et de prière.

Poursuivons notre célébration.