Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 11 janvier 2009


Baptême du Seigneur

« Au moment où il sortait de l’eau, Jésus vit le ciel se déchirer.»

Pour bien saisir le sens de cette affirmation, il faut revenir à la prière suppliante du prophète Isaïe faite sept siècles auparavant.  Il s’était écrié : « Ah, si tu descendais des cieux, les montagnes fondraient comme cire. » Il faut dire que son peuple vivait  des temps difficiles, dominés par la mésentente et le découragement. Les montagnes qui fondraient comme cire, c’étaient les cœurs endurcis, les discordes, les violences et les agressions.

« Ah, si tu déchirais les cieux! ».  Ce cri, on peut bien comprendre que c’est le cri de l’être humain, de toute l’humanité qui crie son désarroi et les désirs qui habitent son cœur, sa soif de vie, de communion, son attente d’être libérée de l’intolérable souffrance. Ce cri, c’est aujourd’hui le cri de ceux qui souffrent de la guerre, de la faim, de l’injustice, de ceux qui souffrent de l’humiliation, qui voient leurs droits humains bafoués.

 « Ah! Si tu déchirais les cieux. »  C’est la prière suppliante d’un peuple qui, au milieu de sa misère, sent que les cieux sont fermés, qu’il n’y a plus de prophète, qu’il n’y a plus de communication entre Dieu et les hommes.  À cause de tout cela, la communication entre les hommes est devenue difficile;  elle se trouve blessée.

Vous savez sans doute que, depuis le 1er janvier dernier, notre paroisse a son site internet.  C’est intéressant!  Nous savons que, depuis un an, des personnes de vingt pays différents sont allés sur le site internet de la paroisse, des pays aussi surprenants que le Maroc et le Brésil.  Juste en décembre, plus de 1400 personnes sont allés sur notre site.   Il n’y a jamais eu autant de moyens de communications, et pourtant nous savons comment elle demeure difficile. Ces derniers jours, on a fait état dans les nouvelles, de tous les efforts qui sont mis pour amener des adversaires à se parler pour régler le conflit en Palestine.  Et on voit bien que ce n’est pas facile.

C’est tout ça que le bon Dieu ne peut pas supporter, cette absence de communication entre lui et nous, et entre nous.  Quand St Marc nous dit que les cieux se déchirent au baptême de Jésus, il nous fait toute une révélation.  En Jésus, ce qu’on priait depuis des siècles se réalisent.   « C’est toi, mon Fils bien aimé; en toi, j’ai mis tout mon amour. »  C’est dire que Jésus est l’envoyé de Dieu pour rétablir l’humanité en communion avec Dieu,  pour renouveler des relations harmonieuses, aimantes, entre lui et nous, et par le fait même, rétablir une bonne communication entre les hommes.

 

 

Il y a 2000 ans, Jésus s’est enfoui dans notre condition humaine, et pas à peu près.  Au lieu de s’installer à Jérusalem, dans la ville de son ancêtre, le roi David, il a choisi d’habiter un petit village inconnu, au milieu d’une terre à moitié païenne, la Galilée.  Quand il est baptisé par Jean, il est dans notre monde depuis trente ans, mais  personne ne s’en était aperçu. Qui aurait pu  deviner que lui, le fils du charpentier, était le Messie promis?  

Le même mystère continue aujourd’hui. Le ciel s’est déchiré, et Jésus est toujours là parmi nous, comme autrefois, dans l’humilité et la pauvreté.  Il est toujours présent dans le prochain, dans le pauvre, le malade, dans l’étranger et le prisonnier.  Savons-nous découvrir sa présence mieux qu’autrefois? 

« C’est mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour. »  Par le baptême, Jésus vient nous rejoindre; par le baptême, il nous regarde avec le même regard d’amour.  Il s’enfouit dans notre condition humaine pour nous redonner la possibilité d’être pris dans ce grand mouvement d’amour.

C’est là que les relations entre les hommes peuvent changer, en entrant dans le mouvement d’amour de Jésus.   Il faudrait relire toutes ses rencontres avec les hommes et les femmes qui ont croisé son chemin.  Jamais, il ne les rejette. Toujours, il les accueille, il les regarde d’un regard d’infinie bienveillance.  Il les remet debout, les rendant capables de se tourner de nouveau les uns vers les autres pour qu’ils apprennent à s’aimer en vérité. Je me souviens d’un beau chant de Noël Colombier sur le regard de Jésus : Jean et André qui chantaient :  « Il y avait dans ses yeux tellement d’amitié », la Samaritaine : « C’était comme une eau fraîche quand il m’a regardée. »,  Matthieu : « Quand il m’a regardé, il a tout chamboulé. »; la femme adultère : « Ses yeux étaient remplis de tellement de bonté. » et finalement tous les autres : «  Ses yeux étaient si beaux, qu’on les voyait prier. »

Dimanche dernier, nous avons vécu un beau moment quand j’ai demandé aux gens qui étaient nés dans un autre pays de s’avancer près de moi à l’autel.  On avait sous nos yeux un exemple de ces relations d’amour que le Seigneur vient créer entre nous.

Pendant notre célébration, demandons au Seigneur de venir vivre en nous,  de mettre son Esprit en nous, pour que nous puissions vivre en enfants bien-aimés du Père, pour que nous puissions vivre comme lui, pour que nous puissions agir comme lui dans nos relations les uns avec les autres.