Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 17 décembre 2008


Célébration du Pardon

Dans quelques jours, nous entendrons l’évangile nous dire : « Elle le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. » Un manque de place!  Curieusement, c’est le premier de toute une série de manques qu’on trouve tout au long de l’évangile.

·        Manque de vin aux noces de Cana;

·        Manque d’eau vive, près du puits de Jacob;

·        Manque de pains et de poissons;

·        Manques de santé;

·        Manques de considération pour les pécheurs;

·        Manque de courage chez Pierre;

·        Manque de lumière, un soir, à Emmaüs.

Si nous sommes réunis cet après-midi pour une célébration du pardon, c’est que nous reconnaissons qu’il y a des manques dans nos vies : manque de foi, d’amour, manque de vérité, de justice,  des manques de partage, de pardon, de respect, manque de tendresse, d’espérance, de courage.  Ces manques peuvent manifester une fermeture.  On le voit lorsque Jésus connait l’échec à Nazareth.  L’évangile nous dit qu’il n’y a pas fait de miracles à cause de leur manque de foi.

Pourtant ces mêmes manques sont pour nous, comme pour Dieu, une occasion de tendre la main.  On voit que, pour Jésus, ces manques sont comme une occasion privilégiée de manifester les merveilles de son amour et de sa miséricorde.  On manque de vin, il en fait, on manque d’eau, il en offre, on manque de pain, il les multiplie, on manque de santé, il guérit,  on manque de lumière, il éclaire, on est pécheur, il pardonne.

Les deux lectures que nous venons d’entendre nous rappelaient que Dieu est constamment habité par le désir de nous chercher pour nous libérer, pour transformer nos manques en situation complètement nouvelle.

La brebis perdue, je la chercherai

La brebis égarée, je vais la ramener

La brebis blessée, je vais panser ses plaies

La brebis malade, je vais la fortifier.  

Nous avons connu, ces dernières années, des célébrations communautaires du pardon avec absolution collective.  À maintes reprises, nous avons célébré la miséricorde de Dieu avec des évangiles très connus : l’enfant prodigue, l’aveugle-né,  la samaritaine, Zachée et combien d’autres. 

Toutes ces lectures, avec celles que nous venons d’entendre, voulaient nous amener à reconnaître, dans notre cœur, que chez Dieu, il n’y avait pas de manque de miséricorde. 

Dès le début de l’évangile, St Luc nous dit que Jésus était en manque de place.  C’est très révélateur.  Le premier qui est en manque, c’est le fils de Marie, l’envoyé de Dieu pour le salut du monde,  l’envoyé de Dieu pour nous dire toute la miséricorde qui habite le cœur du Père.  Il se fait comme un mendiant qui nous tend la main parce qu’il ne veut rien nous imposer.  Il se fait comme un mendiant pour qu’on n’ait pas honte de se faire mendiant à notre tour et de lui tendre la main.

Nous vivons dans notre monde une crise par rapport au sacrement du pardon. C’est clair!  Évident!  Ce n’est pas un problème nouveau dans l’Église. Il existait dans le temps de St Augustin, de St Léon le Grand, au 5e siècle.  Le sacrement du pardon était en crise parce que les confesseurs ne donnaient pas de petites pénitences comme aujourd’hui, mais des pénitences tellement grandes que les gens n’avaient pas le courage de les faire.  Même s’ils étaient de bonne volonté, ils ne pouvaient pratiquement plus recourir au sacrement du pardon. Souvent ils attendaient d’être sur leur lit de mort pour le faire.

Mais ils avaient quelque chose qu’on a perdu et qu’on aurait bien avantage à retrouver aujourd’hui.  Ils croyaient en d’autres formes de pardon qu’ils appelaient des rémissions.  Pas juste deux ou trois, mais dix(10) formes de pardon tout aussi efficaces pour le pardon de leurs fautes.  Je pense, qu’en ce moment de crise que nous vivons, nous avons tout avantage à retrouver ces formes de pardon qui ont toujours existé mais qu’on a perdues avec le temps.

D’ailleurs, dans une lettre  envoyée à tous les prêtres en octobre dernier, Mgr Ebacher soulignait ces autres formes de pardon en disant, et je le cite :

«En plus de la forme fondamentale la plus complète qu’est le sacrement de pénitence, en plus de la Parole de Dieu si nécessaire, on peut rappeler que les fautes quotidiennes sont remises par l’Eucharistie, la prière, le jeûne, les aumônes, la patience dans les épreuves, le pardon mutuel des offenses, la pratique de la charité ». Nous sommes donc invités à redécouvrir ces divers moyens pour la remise des fautes quotidiennes. »

Je souhaite que nous puissions continuer à nous émerveiller devant la miséricorde de Dieu qui n’est pas à la mesure de notre cœur, mais à la mesure du sien.  Je souhaite que nous puissions continuer de nous émerveiller devant la miséricorde de Dieu qui nous donne autant de moyens d’obtenir le pardon de nos fautes quotidiennes.

Poursuivons notre prière.