Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 5 octobre 2008


27è dimanche ordinaire

« Ça va mal », comme on dit.  Une vigne qui donne de mauvais raisins!  Des vignerons qui frappent, tuent et lapident les envoyés. En lisant les textes d’aujourd’hui, je me suis demandé où était la Bonne Nouvelle.

Vous avez sans doute déjà compris que le propriétaire de la vigne, c’était le bon Dieu et que la vigne, c’était son peuple.  J’ai bien dit « le bon Dieu » parce qu’on voit bien qu’il aime beaucoup sa vigne.  Il lui prodigue les meilleurs soins.  Il bâtit une tour pour la défendre contre les voleurs; il l’entoure d’une clôture pour la protéger contre les bêtes sauvages;  il y creuse un pressoir pour faire du bon vin. C’est une manière de nous dire que Dieu prend soin de son peuple avec amour   pour qu’il produise de bons fruits, la justice et l’amour.

Il aime sa vigne, l’histoire le dit bien!  Dès le début, il libère son peuple qui vit en esclavage pour l’installer sur une belle  terre en l’invitant à vivre selon sa loi d’amour. Mais la même histoire démontre que ce peuple privilégié refuse d’entrer dans le projet de Dieu.  Il a  beau lui envoyer des prophètes  pour dénoncer ses erreurs, lui rappeler sa loi et les engagements qu’il  avait pris, mais, rien à faire, ils étaient constamment repoussés.  Par exemple, on a jeté le prophète Jérémie dans le fond d’une citerne pour s’en débarrasser.

« Est-ce que je pouvais faire plus que ce que j’ai fait pour ma vigne ».  Il l’aimait et il avait tout fait pour elle.   Il savait qu’elle pouvait donner de beaux fruits, mais elle n’en donnait pas.  Aussi, dans la 1e lecture, le prophète conclut que la vigne sera dévorée par les animaux, piétinée,  qu’il n’y poussera que des épines et des ronces,  que la pluie n’y tombera plus. On est encore pas mal loin d’une bonne nouvelle !

C’est toute cette histoire que Jésus reprend dans sa parabole mais, il faut le dire, il y a de grosses différences.  D’abord on voit que le propriétaire de la vigne, le bon Dieu, n’a pas démissionné, parce que l’amour ne démissionne jamais.  St Paul dira : « L’amour prend patience, rend service, n’entretient pas de rancune, excuse tout.»   Aussi Dieu décide d’envoyer son propre fils en se disant : « Ils respecteront mon fils. »  C’est une grosse différence!  Ça veut dire qu’il ne se présente plus comme un propriétaire mais comme un père, un père qui souhaite que son fils arrivera à renouer un dialogue avec les ouvriers,  à les réconcilier avec Dieu. Mais ils sont tellement aveuglés par leur soif de l’avoir et du pouvoir qu’ils décident d’éliminer aussi le fils.  Ils demeurent dans une logique de violence et de mort qu’on voit même chez les auditeurs de Jésus qui affirment : «Ces misérables, il les fera périr misérablement.  » On retrouvera la même logique de violence quand la foule, soudoyée par les chefs, réclamera la condamnation de Jésus, ce non-violent qui prônait les béatitudes,  pour libérer Barabbas, un partisan de la violence.

Il me semble qu’on ne peut pas demeurer indifférent devant cet évangile.  Nous sommes toujours cette belle vigne que Dieu ne cesse d’aimer et d’entretenir en en prenant bien soin pour que nous produisions de bons fruits, ceux que St Paul nous décrivait tantôt : « tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte. » « Prenez-le à votre compte ».  On sait bien que ce n’est pas toujours le cas et on doit bien reconnaître que la parabole de Jésus peut bien se réaliser à nouveau.

Est-ce une bonne nouvelle que nous venons d’entendre?

À première vue, ça regarde bien mal!  « Ils se saisirent du fils, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. » On le sait !  C’est ce qui est arrivé à Jésus.  Tout aurait pu se terminer là  mais rien n’arrête Dieu dans son projet.  Pour lui, l’histoire ne peut se terminer de cette façon.  Serait-il vraiment un père s'il faisait si peu de cas de son fils ?  Et puis, la vie ne peut disparaître en Dieu, parce qu’il est le vivant.   Son fils ressuscitera !  Ce n’est pas la mort qui aura le dernier mot, mais la vie.  Même la vengeance suggérée par les auditeurs de Jésus n’aura pas le dernier mot parce que, dans la résurrection de Jésus, Dieu nous révèle la puissance de son amour, un amour tellement fort qu’il détruit la violence.

Non seulement Dieu ne démissionne pas, mais il nous dit encore qu’en Jésus il veut construire un royaume nouveau dont son fils sera la pierre d’angle.   Ça veut dire que son Fils sera le centre et le cœur de ce royaume nouveau. « Je suis la vigne, vous êtes les sarments », nous dit-il.  Depuis notre baptême, nous sommes greffés sur lui !  Nous faisons partie de ce royaume nouveau.  Avec lui, par lui et en lui, nous pouvons produire les fruits que Dieu attend de nous dans son projet d’amour.

Dieu nous demande aujourd’hui de travailler à sa vigne.  St Paul disait : « Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu, mettez-le en pratique et le Dieu de la paix sera avec vous. ».   C’est toute une promesse !  Nous n’aurons pas seulement la paix de Dieu,  mais le Dieu de la paix.  Prions-le avec confiance pendant notre célébration !  Demandons-lui de nous aider à produire des fruits qui soient bons et doux pour tous nos frères et sœurs,  afin qu’ils découvrent la bonté de Dieu,  de celui qui est toujours  prêt à tout faire pour sa vigne.



Poursuivons notre prière.