Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 21 septembre 2008


Lancement pastoral

Je dois vous avouer que je n’avais pas regardé l’évangile avant d’écrire mon mot, trop préoccupé par mon message à l’occasion du lancement pastoral et par tous les changements que nous vivons, mais ça tombe à plein dans le mille comme on dit.

L’an dernier, nous nous préparions à devenir une seule paroisse.  C’est fait depuis janvier!  Le territoire de la paroisse a été considérablement élargie,  jusqu’au Chemin Vanier en direction d’Aylmer.  Quand on voit toutes les maisons en construction dans ce secteur, ça fait quasiment peur.  On prévoit que, d’ici quelques années,  il y aura de 10 à 15 milles personnes de plus.  C’est là qu’on  trouve la communauté du Plateau qui travaille des mains et des pieds pour agrandir leur salle communautaire.

Une seule paroisse, quatre communautés!  Les uns veulent mettre l’accent sur la paroisse, d’autres sur les communautés.  Ça crée des tensions bien sûr,  des tensions qui peuvent être destructrices ou créatives. À nous de choisir! 

Des changements aussi au niveau de l’équipe pastorale mandatée :  le départ de Joanne au début de juin et celui du stagiaire en juillet.  Pour des raisons que vous connaissez,  je ne suis plus responsable de St Stephen et j’ai réduit ma semaine de travail à 4 jours.  Trois personnes s’ajoutent sur l’équipe pastorale mandatée :  un prêtre, l’abbé Jacques Wiseman, nouveau curé de St Stephen et membre de l’équipe à 4 jours semaine,  le nouveau diacre,  M. Jean-Paul Tremblay, une agente de pastorale, Mme Exilda Doucet.  Pas mal de changement à l’intérieur de l’équipe.

Des changements encore au niveau du mandat confié aux agentes.  Elles ne sont plus rattachées à une communauté en particulier, mais elles ont des mandats qui couvrent l’ensemble de la paroisse. Chacune, cependant, est membre d’une équipe locale, à titre de représentante de l’équipe pastorale mandatée, et ce à raison d’une année à la fois.

Mme Nicole Vigneault, toujours responsable de la pastorale du baptême,  devient coordonnatrice, représentante de l’équipe sur  l’ELAP de St-Raymond,

Mme Nicole Labelle, toujours responsable de la pastorale sociale,  de la retraite paroissiale et du catéchuménat des adultes, devient responsable de la confirmation.  Elle représentera l’équipe sur l’ELAP de St Pierre Chanel.

Mme Exilda Doucet sera responsable de l’initiation chrétienne, un gros dossier.   Suite à l’abandon de l’enseignement religion et moral dans les écoles, nous avons revu toute la démarche de préparation sacramentelle pour offrir un nouveau parcours catéchétique fait de huit catéchèses bibliques et de catéchèses sacramentelles aux jeunes de 9 ans et plus et à leurs familles.  Ces catéchèses sont obligatoires pour les jeunes qui demandent les sacrements.  Il faut bien le noter que ce nouveau parcours s’adresse aussi aux parents.  Elle représentera l’équipe sur l’ELAP et Notre-Dame-de-la-Guadeloupe.

Quand nous avons pris cette décision, nous ne savions pas que les évêques du Québec, feraient du 3e dimanche de septembre, donc aujourd’hui, le dimanche de la Catéchèse.  En posant ce geste, ils ont voulu sensibiliser les communautés chrétiennes à l’importance de la catéchèse offerte en paroisse à tous les âges de la vie. Ils nous disent bien qu’une démarche de foi, pour être valide et porter du fruit, doit être supportée par la communauté.   Une nouvelle démarche catéchétique, c’est un gros changement, et nous avons besoin de votre coopération et de votre soutien, Exilda, en particulier.

Dans le programme pastoral que nous avons préparé en mai et juin dernier, nous visons des changements encore bien plus profonds.  Nous avons voulu mettre l’accent sur la mission, reconnaissant que, à la manière d’Abraham, nous avons à quitter des pays trop connus pour prendre résolument le chemin vers les pays que le Seigneur nous indiquera au fur et à mesure de notre marche. Les grands titres de notre programme le traduisent bien : se  mobiliser pour la mission, missionnaires de la foi, missionnaires de la prière, missionnaires de la solidarité et du partage, émergence d’une communauté missionnaire.

Mais pourquoi mettre l’accent sur la mission?  Pourquoi notre paroisse devrait-elle être missionnaire?  Je pourrais bien vous donner des réponses faciles : parce que les responsables de l’Église nous le demandent depuis des années,  parce que beaucoup de baptisés n’arrivent pas à exprimer leur foi,  parce qu’il n’y a plus de catéchèses dans les écoles, parce que nous ne sommes plus en pays de chrétienté.  Et pourtant, c’est encore bien plus profond.   

L’an dernier, il y a eu un colloque sur les paroisses à Rome.   Mgr Malcom Ranjith, secrétaire d’une congrégation romaine, disait : « Nous n’avons pas le droit de garder pour nous la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.  Jésus a aimé ses frères et sœurs au point de se donner entièrement pour leur salut : voilà la base de l’évangélisation.  Ce n’est pas un choix.  C’est une obligation de notre foi, l’expression parfaite de notre charité.

Suite à ces affirmations, il proposait quelques  démarches concrètes :

·         « passer d'un modèle d'entretien à un modèle missionnaire » « si nous ne faisons que restaurer les bâtiments, cela va nous tuer spirituellement ». 

·         Passer « d'un esprit de pessimisme à un esprit d'optimisme », en se souvenant que « rien n'est impossible à Dieu ». 

·         Reconsidérer les rôles des laïcs. « Tout laïc est un missionnaire potentiel ».

·         Se lancer courageusement dans des « domaines inexplorés »,  « rechercher de nouvelles méthodes » d'évangélisation. »

Vous vous rappelez de cet évangile où quatre hommes  qui, se rendant compte qu’il était impossible de s’approcher de Jésus, défont le toit au-dessus d’une maison pour faire descendre un paralytique devant Jésus.  Voilà notre mission!  Mettre tous nos efforts pour mettre les gens en présence de Jésus.  Ces quatre hommes avaient une foi inventive,  une foi qui les amène à ouvrir un espace de rencontre avec Jésus. Notre foi nous rend capable de porter des frères et des sœurs; elle est capable de pratiquer les brèches nécessaires à la création de lieux et d’espaces nouveaux pour rendre possible la rencontre et le dialogue avec le Dieu vivant. »

Chaque dimanche, nous nous rencontrons pour célébrer l’eucharistie.  Cet appel à la mission, on le trouve dans toutes les prières eucharistiques.   Je vous cite quelques petites phrases que j’ai relevées :

·         « Il s’est fait le prochain des opprimés et des affligés. »

·         « Pour que le peuple qui t’appartient brille comme un signe prophétique de l’unité et de la paix au milieu d’une humanité qui se divise et se déchire. »

·         « Donne à tous les membres de l’Église. de se dépenser sans relâche au service de l’Évangile.  Rends-nous attentifs aux besoins de tous, afin que partageant leurs tristesses et leurs angoisses, leurs espérances et leur joies, nous leur annoncions fidèlement la Bonne Nouvelle du Salut. »

·         « Ouvre nos yeux à toute détresse, inspire-nous la parole et le geste qui conviennent pour soutenir notre prochain dans la peine ou dans l’épreuve. »

Autant de petites phrases qui nous incitent à la mission.

Le 15 juillet dernier, après avoir pris connaissance de notre programme, Mgr Ebacher  envoyait le petit mot suivant à l’équipe pastorale :

« Je suis heureux de constater que vous y mettez un fort accent sur la mission.  C’est certainement un bon chemin, qui s’impose à notre Église, en ces temps que nous vivons.  Nous ne sommes plus en chrétienté.  Nous sommes appelés, comme dans les débuts de l’Église, à « aller au large » selon l’interpellation de Jésus.  Et Jésus Ressuscité sans cesse nous redit en soufflant sur nous : « Comme le Père m’a envoyé, je vous envoie ».  Ce « comme » n’est pas une simple comparaison.  Il signifie que c’est avec la même énergie spirituelle, avec la même volonté divine, que nous sommes envoyés au monde, comme Jésus le fut pour son bonheur et son véritable succès. »

Je suis très conscient du fait que nous vous proposons une démarche nouvelle, audacieuse, mais combien nécessaire,  que l’équipe pastorale ne pourra jamais toute seule mener ce programme à bon port.  Nous avons besoin de la collaboration de toutes nos communautés.

Et, pour y arriver, nous avons identifié trois valeurs  qui devraient nous guider dans toute notre démarche.

D’abord l’accueil, c'est-à-dire  la présence à l’autre. À l’exemple du Christ, accueillir les autres comme ils sont avec leurs façons différentes de penser et d’agir, avec leurs limites mais aussi leurs charismes. Ceux et celles parmi vous qui ont participé aux deux assemblées pastorales annuelles se souvienne que cette valeur de l’accueil est revenue souvent.

Ensuite, accompagner, c'est-à-dire marcher avec.  S’accompagner, c’est savoir rester humble et ouvert au changement, être capable de se laisser déranger dans nos habitudes et nos façons de faire.  C’est s’aimer d’un amour fraternel, nous ouvrir à l’aide et à la coopération, prendre ensemble le chemin qui conduit à la réalisation de notre mission.

Enfin, se mobiliser, c'est-à-dire bâtir ensemble,  arrêter de regarder en arrière, de se comparer, de se critiquer, et nous mettre en état de mission, développer une Église responsable avec un partenariat solide entre nos communautés et  entre les différentes instances de la paroisse.

Vous avez remarqué l’évangile! Le maître sort cinq fois dans la journée pour engager des ouvriers. On pourrait encore regarder cette journée-là comme un résumé de notre cheminement personnel.  Les uns pourraient dire:  « Moi, j’ai été embauché, à la première heure du jour, alors que j’étais encore tout jeune;  moi vers 9h.00 alors que j’étais adolescent;  moi vers midi, alors que j’étais jeune adulte;  ou vers 3h00, quand j’avais 50 ans;  ou à 5h00, à l’âge de la retraite.  Il sort cinq fois. L’invitation est nouvelle à chaque fois, la promesse est nouvelle à chaque fois.  Avec Dieu, c’est toujours l’heure de s’engager.

En vous proposant tout cela aujourd’hui, nous avons la conviction de répondre à l’appel de Jésus.  Demandons à Celui qui nous invite à sa table pour nous donner le Pain de vie de nous soutenir de son Esprit, de nous aider à  mieux comprendre le projet de Dieu sur notre monde et de prendre en main la mission que Dieu nous a confiée en nous dépensant  sans relâche au service de l’évangile.

Poursuivons notre célébration.