Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 21 septembre 2008


21è dimanche ordinaire

« Il y a un homme qui s’était perdu dans le désert.  Pas longtemps après, en parlant de son épreuve à ses amis,  il raconta comment, pris de désespoir, il s’était agenouillé et avait crié à Dieu de lui venir en aide. »  « Dieu a-t-il exaucé ta prière? »  lui demandèrent-ils.  « Oh non! », répondit-il.  Juste avant qu’il puisse le faire, un explorateur fit son apparition et me montra le chemin. »

Dans notre mentalité, on sépare souvent les  choses du ciel et celles de la terre.  Le bon Dieu est d’un côté et il s’occupe de ses affaires;  et nous, d’un autre côté,  on s’occupe de nos affaires.   Si Jésus avait rencontré le monsieur qui avait été sauvé, il lui aurait sans doute dit : « C’est le bon Dieu qui a mis un explorateur sur ton chemin, en réponse à ta prière. »

C’est dans ce sens-là que je lis la parabole que Jésus raconte à ses disciples;  cette petite histoire qui nous parle d’un maître qui sort à toute heure du jour à la recherche d’ouvriers pour travailler à sa vigne.

Le maître de la vigne, c’est le bon Dieu.  Jésus veut faire comprendre à ses disciples que le bon Dieu est en train de construire son Royaume, pas un royaume qui existe juste dans son cœur,  pas un royaume qui est dans les nuages, dans le ciel,  mais un royaume sur la terre,  un royaume qui nous rejoint dans notre temps,  dans notre espace de vie,  dans notre histoire à nous autres.  Le maître de la vigne sort de chez lui cinq fois!  Cinq fois, il appelle des gens qui n’ont pas de travail!  Cinq fois, il amène à sa vigne des personnes pour y travailler.  Et, à chaque fois, il promet un salaire ou ce qui est juste.

Dans son histoire, Jésus prend l’exemple d’une journée. 

Cette journée-la, ça pourrait bien être comme un résumé de l’histoire du monde: et alors on pourrait reconnaître que les ouvriers engagés sont les prophètes, les juges, les rois;  Isaïe, Jérémie, David, tous ces hommes et ces femmes qui ont cherché à construire le monde à la manière de Dieu. 

On pourrait regarder cette journée-la comme un résumé de l’histoire de l’Église pour y découvrir ces ouvriers de la vigne qu’ont été les disciples, les apôtres, les martyrs, les saints, les agents et les agentes de pastorales, les membres des comités paroissiaux,  les laïcs engagés,  tous ceux et celles qui s’impliquent en faveur des démunis, etc.etc.

On pourrait encore regarder cette journée-la comme un résumé de notre cheminement personnel.  Et alors, les uns pourraient dire:  « Moi, j’ai été embauché, à la première heure du jour, alors que j’était encore tout jeune;  moi vers 9h.00 alors que j’étais adolescent;  moi vers midi, alors que j’étais jeune adulte;  ou vers 3h00, quand j’avais 50 ans;  ou à 5h00, à l’âge de la retraite.   

Le bon Dieu, nous dit Jésus, construit son Royaume encore aujourd’hui  en cherchant constamment des ouvriers comme vous et moi pour travailler à sa vigne, à la construction d’un monde meilleur.  C’est loin de se passer dans les nuages

Dans notre monde, il y a beaucoup d’ouvriers à la vigne.  On pourrait dresser une liste des personnes qui sont impliquées dans notre communauté, dans toute la paroisse.  La liste serait pas mal longue des personnes impliquées en paroisse ou ailleurs, de manière bien visible ou plus cachée.

A tout ce monde-là, Jésus vient dire aujourd’hui : « tu sais, il y a quelqu’un qui est à la source de ton engagement.  Tu as entendu dans ton cœur l’invitation du maître.  Tu lui as répondu.  « tu auras ce qui est juste et bien plus encore, même si tu es un ouvrier de la dernière heure, même si tu t’es engagé à la dernière minute.

« Le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit afin d’embaucher des ouvriers pour travailler à sa vigne ».  Ils sort cinq fois.  L’invitation est nouvelle à chaque fois, la promesse est nouvelle à chaque fois.  Avec Dieu, c’est toujours l’heure de s’engager.  Il y a une interpellation là-dedans!  Il y a un appel qui nous est fait à nous aujourd’hui; s’engager, ça ne veut pas dire juste donner son nom pour faire partie d’un groupe de la paroisse.  Cette semaine, je ne sais pas, si c’est parce que j’étais habité par ça, j’ai été frappé par les demandes qu’on fait dans  les prières d’ouverture à la messe.  En voici des exemples : 

«  Donne-nous de te servir avec un cœur sans partage » 

«  Accorde-nous d’être des artisans de paix... »

«  Rends-nous attentifs à faire le bien sans relâche... »

«  Fais-nous vouloir ce que tu veux... »

«  Donne-nous de suivre le Christ et de nous attacher à lui... »

Ces prières touchent tous les baptisés sans exception, les pères et les mères de famille, les célibataires, les travailleurs.  On peut tous être des ouvriers embauchés par le Seigneur pour travailler à la construction d’une terre plus juste et plus fraternelle.

Il y a bien de la chicane, de la jalousie dans la parabole.  Les ouvriers de la 1o heure ne sont pas de bonne humeur quand ils voient que les derniers reçoivent le même salaire.  On pourrait crier à l’injustice!  Je n’ai pas voulu m’arrêter à cet aspect de la parabole de Jésus.  Mais il y a une chose qui est sûre!  L’Eucharistie  que nous célébrons nous rappelle que Dieu n’a jamais qu’un don à offrir, le don de lui-même, le don de sa vie, le don de son amour.  Puisse ce don être pour chacun et chacune d’entre nous le signe de la promesse de Dieu à tous ceux et celles qui travaillent à son Royaume, à l’établissement d’un monde plus juste et plus fraternel.