Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 14 septembre 2008


La Croix Glorieuse 

 « La Croix Glorieuse! Une drôle d’expression!  Vous admettrez avec moi que, coller ces deux mots ensemble, ça fait plutôt étrange!  Une croix, ça ne ressemble pas du tout à la gloire!  On n’a qu’à penser à toutes ces croix qui ornent les pierres tombales!   À l’inverse, on peut dire encore que la gloire, ça ne ressemble pas du tout à une croix!  On n’a qu’à penser à ces grandes vedettes qui sont adulées comme des dieux, aux soldats qui viennent de remporter une victoire! Il n’y a rien de souffrant là-dedans!  La croix et la gloire : deux réalités qui sont complètement opposées l’une à l’autre.  Pourquoi l’Église colle-t-elle ces deux mots ensemble pour la fête d’aujourd’hui?

La croix ! Le gibet, la potence, le supplice le plus humiliant et le plus avilissant qu’on puisse concevoir, un supplice réservé aux esclaves, aux voleurs et aux malfaiteurs, toujours le symbole de la mort et du mal que les hommes sont capables de s’infliger les uns aux autres quand ils refusent de s’aimer vraiment.  Chaque année,  depuis au-delà de 25 ans, je fabrique de mille à deux milles petites croix.  Ce qui en surprend plusieurs, c’est que j’ai commencé à les faire suite à une demande des prisonniers qui continuent d’en demander chaque année.  C’est révélateur!  Symbole du mal que les hommes sont capables de s’infliger les uns aux autres quand ils refusent de s’aimer vraiment.

Il faut bien le dire! La croix, ce sont les hommes qui l’ont inventé, mais l’amour, ce ne sont pas les hommes qui l’ont inventé, c’est Dieu.  Et quand les hommes inventent la croix, Dieu continue à inventer l'amour. St Jean nous le disait tantôt en affirmant: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ».  Et ce Fils unique, nous le savons,  a parcouru toute la route des hommes qui inventent  la mort jusqu’à se laisse lier les mains lui-même par ceux qui le conduisent sur une croix. Et c’est justement là, quand il a les mains liées, qu’il invente une nouvelle manière de les aimer.

En se laissant lier les mains, le Fils de Dieu rejoint les hommes qui se clouent les uns les autres sur la croix. C'est là que nous découvrons la nouvelle manière d'aimer de Dieu, une manière tellement bouleversante que personne n'aurait pu l’imaginer.  En même temps que les hommes clouaient Jésus sur la croix, Dieu clouait son amour sur le mal des hommes.  Ça veut dire que, désormais, il n’existe plus aucun mal qui puisse échapper à la puissance de l’amour.  St Paul le disait très bien :   "Là où le péché a abondé, l'Amour a surabondé."

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique…, non pas pour juger le monde mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »  Alors que la mort semblait victorieuse, c’est l’amour qui l’a vaincu.  C’est l’amour qui a englouti la mort dans sa lumière, une fois pour toute.  C’est ça la  gloire de la croix!  Elle a été le passage suprême de l’amour de Dieu pour les hommes.  Jésus en croix vient nous dire que l’amour est le dernier mot de notre histoire.

Des croix, il y en a partout. Les chrétiens les ont érigées sur les toits de leurs églises, les ont dessinées sur les murs, portées au cou ou sur leurs habits, sculptées sur leurs tombes, plantées aux croisées des chemins, transportées en procession sur les champs de bataille, honorées, vénérées, bénies.  La croix, c’est le premier geste qu’on fait sur nous le jour de notre baptême; le dernier geste que nous recevons lors de l’onction des malades.

Des croix matérielles, il y en a partout!   Mais il y en a tant d’autres croix, plus intimes, qui nous crucifient chaque jour : une maladie, une souffrance, la perte d’une réputation, d’un être cher, etc… Toutes sortes de croix qui entraînent avec elles des larmes plutôt que le rire, le désespoir plutôt que la confiance, la mort plutôt que la vie. 

Nous sommes invités aujourd’hui à déposer toutes nos croix aux pieds du Seigneur dans un geste de foi et d’amour.   La fête de la Croix Glorieuse nous rappelle que Dieu est bien là au milieu de nos désarrois, de nos blessures et qu’il est capable de les changer en force, en paix, en joie et en certitude,  en nous rappelant bien que son Fils a marché le premier sur ce chemin pour nous conduire à la vie glorieuse comme il l’a fait pour Jésus.

Nous sommes rassemblés à nouveau pour célébrer l’eucharistie, c'est-à-dire pour faire mémoire de la mort et de la résurrection de Jésus,  pour nous rappeler que Dieu veut nous entraîner dans la gloire de Jésus.  Demandons au Seigneur d’augmenter notre foi et notre amour,  de nous donner le courage et la force de le suivre avec confiance,  de faire de nos vies, de nos joies et de nos souffrances une offrande d’amour qui rejoigne la sienne pour le salut du monde.