Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 7 septembre 2008


23è dimanche du temps ordinaire

« Mêle-toi de tes affaires et pis achale-moi pas »

« Tes bebelles pis dans ta cour! »

C’est peut-être ce qu’on dirait à quelqu’un qui viendrait nous montrer une faute qu’on a commise.  On attache tellement d’importance aux valeurs de la vie privée, à la liberté individuelle qu’on a probablement du mal à accueillir ce que Jésus nous dit : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul, et montre-lui sa faute. »  

Très tôt, on voit que l’Église, à ses tous débuts, était confrontée aux péchés de ses membres et s’est demandée comment il fallait agir dans ce temps-là. Il faut bien dire qu’aujourd’hui encore, on se trouve devant des situations semblables! On a un ami qui est en train de développer une dépendance aux jeux,  un autre qui sombre dans des problèmes de boisson.  On voit des employés traités injustement, des parents qui ne prennent pas leurs responsabilités, des membres de la communauté qui s’écartent de l’Église.  Qu’est-ce qu’il faut faire dans ce temps-là?  Qu’est-ce qu’il faut faire quand quelqu’un fait quelque chose qui n’est pas correct?

La première réaction que nous avons souvent, c’est de nous en laver les mains en disant : « Il est assez grand, c’est un adulte, qu’il se débrouille.  Il s’est mis dans le trouble; qu’il vive  maintenant les conséquences de ses gestes!  Et puis, pourquoi je me mettrais le nez dans leurs affaires quand je ne veux pas qu’il se mêle des miennes? C’est là une situation qui est vieille comme le monde! Déjà, dans les toutes premières pages de la bible, on voit Caïn qui vient de tuer son frère, dire à Dieu « Suis-je le gardien de mon frère? »  

On ne peut pas dire que cette première réaction se marie très bien avec l’évangile d’aujourd’hui!  Vous avez remarqué les mots que Jésus emploie dans l’évangile : « si ton frère… prends avec toi une ou deux personnes… dis-le à la communauté de l’Église… »  Autant d’expressions qui nous rappellent que nous sommes des frères et des soeurs, responsables les uns des autres, responsables de la foi de chacun et chacun responsable de la foi de tous.  Tantôt, en priant ensemble, nous allons nous adresser à Dieu en disant « Notre Père ».  C’est gros!  En le disant, nous reconnaissons que tous les disciples de Jésus sont nos frères et nos sœurs, et que, de ce fait,  nous avons une responsabilité envers eux.    

 

 


Si notre première réaction devant la bêtise de quelqu’un, c’est de ne pas nous en mêler, il faut bien dire qu’il y en a une autre qui est très répandue : celle de juger rapidement quelqu’un qui a fait une erreur et, malheureusement parfois, de le mettre sur la place publique.  On ne brûle plus les sorcières comme autrefois; on ne brandit plus d’excommunication, mais on tombe souvent dans la même intolérance, le même sectarisme, et ce n’est pas beaucoup mieux. C’est le contraire de l’évangile que nous venons d’entendre!  

Nous le savons, Jésus est venu parmi nous pour ramener au Père ses enfants dispersés.  Et aujourd’hui,  il nous invite aujourd’hui à partager sa mission en nous aidant mutuellement à vivre en enfants de Dieu.  Oui, Il attire notre attention sur celui qui a péché mais en nous disant : « C’est ton frère. »  Il veut nous faire comprendre qu’avant d’être un frère à punir, celui qui a péché est d’abord un frère à aimer, un frère malade qu’il faut soigner et guérir.  « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin. »  Jésus est venu pour soigner les malades spirituels que nous sommes tous, et il nous prescrit ces remèdes qui sont la douceur, la discrétion, la persévérance. St Paul le savait bien quand il disant aux Corinthiens :  « L’amour prend patience, rend service, ne s’irrite pas », et comme il nous le  disait encore dans la 2e lecture tantôt :  « Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel… L’amour ne fait rien de mal au prochain… l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour. »  

Quand on veut aider ou soutenir notre frère ou notre sœur qui vient de faire une bêtise, on ne commence pas par lui faire de vifs reproches, par l’humilier encore plus.  Quand on veut aider quelqu’un à prendre lui-même le bon chemin,  il faut commencer par l’accueillir, l’écouter, le respecter,  partager ses interrogations et ses souffrances.  Comme pasteur, je peux vous dire que j’ai vécu des moments extraordinaires dans ce sens-là, des événements qui vont toujours demeurer dans ma mémoire.  

Les derniers mots de l’évangile nous disent : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »  Demandons d’abord au Seigneur de venir mettre en nous les mêmes sentiments qui l’habitaient, de savoir garder les bras ouverts, de continuer d’aimer malgré tout, de demeurer, comme lui,  l’ami des publicains et des pécheurs. Remercions-le aussi pour cette Église qui est la nôtre, une Église  où nous apprenons le vocabulaire de l’amour et du pardon, où nous découvrons que nous sommes des frères et des soeurs, où nous pouvons grandir en nous soutenant les uns les autres.  

Poursuivons notre prière!