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« Mêle-toi de tes
affaires et pis achale-moi pas »
« Tes bebelles pis
dans ta cour! »
C’est peut-être ce
qu’on dirait à quelqu’un qui viendrait nous montrer une
faute qu’on a commise. On
attache tellement d’importance aux valeurs de la vie privée,
à la liberté individuelle qu’on a probablement du mal à
accueillir ce que Jésus nous dit : « Si ton frère
a commis un péché, va lui parler seul à seul, et montre-lui
sa faute. »
Très tôt, on voit que
l’Église, à ses tous débuts, était confrontée aux péchés
de ses membres et s’est demandée comment il fallait agir
dans ce temps-là. Il faut bien dire qu’aujourd’hui
encore, on se trouve devant des situations semblables! On a un
ami qui est en train de développer une dépendance aux jeux,
un autre qui sombre dans des problèmes de boisson.
On voit des employés traités injustement, des parents
qui ne prennent pas leurs responsabilités, des membres de la
communauté qui s’écartent de l’Église.
Qu’est-ce qu’il faut faire dans ce temps-là?
Qu’est-ce qu’il faut faire quand quelqu’un fait
quelque chose qui n’est pas correct?
La première réaction que
nous avons souvent, c’est de nous en laver les mains en
disant : « Il est assez grand, c’est un adulte,
qu’il se débrouille. Il
s’est mis dans le trouble; qu’il vive
maintenant les conséquences de ses gestes!
Et puis, pourquoi je me mettrais le nez dans leurs
affaires quand je ne veux pas qu’il se mêle des miennes?
C’est là une situation qui est vieille comme le monde! Déjà,
dans les toutes premières pages de la bible, on voit Caïn
qui vient de tuer son frère, dire à Dieu « Suis-je le
gardien de mon frère? »
On ne peut pas dire que
cette première réaction se marie très bien avec l’évangile
d’aujourd’hui! Vous
avez remarqué les mots que Jésus emploie dans l’évangile :
« si ton frère… prends avec toi une ou deux
personnes… dis-le à la communauté de l’Église… »
Autant d’expressions qui nous rappellent que nous
sommes des frères et des soeurs, responsables les uns des
autres, responsables de la foi de chacun et chacun responsable
de la foi de tous. Tantôt,
en priant ensemble, nous allons nous adresser à Dieu en
disant « Notre Père ».
C’est gros! En
le disant, nous reconnaissons que tous les disciples de Jésus
sont nos frères et nos sœurs, et que, de ce fait, nous
avons une responsabilité envers eux.
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Si notre première réaction
devant la bêtise de quelqu’un, c’est de ne pas nous en
mêler, il faut bien dire qu’il y en a une autre qui est
très répandue : celle de juger rapidement quelqu’un
qui a fait une erreur et, malheureusement parfois, de le
mettre sur la place publique.
On ne brûle plus les sorcières comme autrefois; on
ne brandit plus d’excommunication, mais on tombe souvent
dans la même intolérance, le même sectarisme, et ce
n’est pas beaucoup mieux. C’est le contraire de l’évangile
que nous venons d’entendre!
Nous le savons, Jésus est
venu parmi nous pour ramener au Père ses enfants dispersés.
Et aujourd’hui,
il nous invite aujourd’hui à partager sa mission
en nous aidant mutuellement à vivre en enfants de Dieu.
Oui, Il attire notre attention sur celui qui a péché
mais en nous disant : « C’est ton frère. »
Il veut nous
faire comprendre qu’avant d’être un frère à punir,
celui qui a péché est d’abord un frère à aimer, un frère
malade qu’il faut soigner et guérir.
« Ce ne sont pas les bien-portants qui ont
besoin du médecin. » Jésus
est venu pour soigner les malades spirituels que nous sommes
tous, et il nous prescrit ces remèdes qui sont la douceur,
la discrétion, la persévérance. St Paul le savait bien
quand il disant aux Corinthiens : « L’amour
prend patience, rend service, ne s’irrite pas », et
comme il nous le disait
encore dans la 2e lecture tantôt :
« Ne gardez aucune dette envers personne, sauf
la dette de l’amour mutuel… L’amour ne fait rien de
mal au prochain… l’accomplissement parfait de la Loi,
c’est l’amour. »
Quand on veut aider ou
soutenir notre frère ou notre sœur qui vient de faire une
bêtise, on ne commence pas par lui faire de vifs reproches,
par l’humilier encore plus.
Quand on veut aider quelqu’un à prendre lui-même
le bon chemin, il
faut commencer par l’accueillir, l’écouter, le
respecter, partager
ses interrogations et ses souffrances.
Comme pasteur, je peux vous dire que j’ai vécu des
moments extraordinaires dans ce sens-là, des événements
qui vont toujours demeurer dans ma mémoire.
Les derniers mots de l’évangile
nous disent : « Quand deux ou trois sont réunis
en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Demandons d’abord au Seigneur de venir mettre en
nous les mêmes sentiments qui l’habitaient, de savoir
garder les bras ouverts, de continuer d’aimer malgré
tout, de demeurer, comme lui, l’ami
des publicains et des pécheurs. Remercions-le aussi pour
cette Église qui est la nôtre, une Église où
nous apprenons le vocabulaire de l’amour et du pardon, où
nous découvrons que nous sommes des frères et des soeurs,
où nous pouvons grandir en nous soutenant les uns les
autres.
Poursuivons notre prière!
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