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Le
vaste champ de notre monde où se mêlent l’ivraie et le bon
grain, le bon et le mauvais, la joie et les larmes, la réussite
et l’échec, la justice et l’injustice, la beauté et la
laideur, la paix et la guerre, l’amour et la haine, la vie
et la mort! Un
monde qui vit des avancées extraordinaires et parfois, il
faut bien le dire, des reculs qui frisent la barbarie. C’est
tout ça, l’ivraie et le bon grain!
« Laissez-les
pousser ensemble » nous dit Jésus.
Nous autres,
on voudrait agir comme les serviteurs de l’évangile :
enlever l’ivraie, toute trace de mal,
faire disparaître les méchants. Mais, on le sait,
ça peut nous conduire très loin, jusqu’à l’intolérance,
la discrimination.
À
l’inverse, cette affirmation de Jésus pourrait bien nous
arranger aussi. Un beau prétexte pour ne rien faire devant
tout ce mal qui est autour de nous, pour justifier nos
silences complices, nos lâchetés,
nos inactions.
L’affaire
se complique pas mal quand on réalise qu’il y a en nous de
l’ivraie et du bon grain. Nous
savons très bien que la frontière entre le bien et le mal
passe par notre cœur, que nous sommes capables d’accomplir
de bonnes choses et de faire le mal, que nous avons été créés
foncièrement bons mais nous sommes un beau mélange de bien
et de mal, de beau et de laid, de grand et de petit, d’amour
et de haine, de générosité et de repli, d’enthousiasme et
de découragement.
De
toute façon, on peut dire que l’affirmation de Jésus est
pour le moins surprenante venant d’un Dieu qui n’aime pas
le mal! On peut se
demander quelle était bien son intention quand il nous dit :
«Laissez-les pousser ensemble!»?
Matthieu
a écrit cet évangile en pensant à sa communauté chrétienne,
une communauté qui
se scandalisait du nombre de pécheurs qu’il y avait dans
ses rangs. Fallait-il
éliminer les méchants chrétiens ?
Non! répond Matthieu,
Vous êtes des croyants, des gens de foi, appuyez-vous
sur la patience de Dieu, faites-lui
confiance en réalisant qu’il est patient avec vous aussi
comme nous le disaient les paroles du psaume que nous avons
prié tantôt : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse
et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de
vérité. »
Mais
Matthieu ne se contente pas de dire « non »!
Il explique pourquoi il faut s’appuyer sur la
patience de Dieu, et pourquoi il faut chercher à être
patient comme lui.
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Vous avez
remarqué que, dans l’évangile, il y avait deux semeurs :
celui qui est le propriétaire du champ et l’autre qui ne
possède rien, ni le champ, ni le grain, ni de la moisson;
celui qui sème le bon grain à profusion et celui
qui sème l’ivraie; celui
qui est prêt à tout pour réussir sa récolte et celui qui
n’a comme seul but d’étouffer la récolte de l’autre.
Matthieu nous
rappelle que c’est Dieu qui est le propriétaire du champ,
et il n’y a rien qu’il ne ferait pas pour réussir sa récolte.
On ne ferait que retenir cette seule certitude pour
l’enfouir dans notre cœur, et ce serait déjà beaucoup.
Il ne faut
pas jamais l’oublier!
Nous sommes le champ de Dieu, ses semences. Il
connait toutes les possibilités que nous avons de grandir.
Il nous a créés intelligents et libres.
Il sait que nous sommes capables de prendre le mesure
du mal qui nous habite, capables de découvrir des chemins
de conversion, capables de découvrir le visage de Dieu au
fond de nous. Il a confiance en nous !
Il espère en nous! Fions-nous à la patience de
Dieu!
Et ça va
encore bien plus loin! St-Paul nous disait tantôt que
« L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse …
et qu’il intervient pour nous par des cris inexprimables».
C’est beaucoup dire encore!
Ça veut dire que Dieu
est notre partenaire dans
cette lutte pour le triomphe de l’amour, qu’il
travaille pour nous et avec nous, souvent à notre insu,
comme le soleil, la pluie, la bonne terre participent à la
croissance de la semence, sans qu’elle sans rende compte,
jusqu’à sa maturation.
Ce n’est
pas une leçon de morale que nous donne l’évangile, mais
un message d’espérance et de foi !
Faire confiance !
Prendre appui sur la patience du grand semeur. C’est
en prenant ce chemin que nous apprendrons qu’il y a en
nous des espaces de conversion, que nous deviendrons à
l’image de notre Dieu : pleins d’humanité, de bonté
et de pardon, pleins de tendresse et de pitié, lent à la
colère, pleins d’amour et de vérité.
Faut-il se
scandaliser du mal qui est en nous?
Non!, nous dit Matthieu, parce
que, mêlée au mal qui est en nous, il y a la puissance de
la vie de Jésus qui grandit aussi, et c’est elle qui
l’emportera. Le
mal sera englouti comme
une goutte d’eau dans la fournaise d’un volcan.
L’eucharistie qui nous rassemble nous appelle à la
confiance et à l’action de grâce en nous rappelant que
le Seigneur reste avec nous.
Demandons-lui de faire grandir le bon grain en nous
et de le faire fructifier en abondance.
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