Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 20 juillet 2008


16è Dimanche du temps ordinaire

Le vaste champ de notre monde où se mêlent l’ivraie et le bon grain, le bon et le mauvais, la joie et les larmes, la réussite et l’échec, la justice et l’injustice, la beauté et la laideur, la paix et la guerre, l’amour et la haine, la vie et la mort!  Un monde qui vit des avancées extraordinaires et parfois, il faut bien le dire, des reculs qui frisent la barbarie.  C’est tout ça, l’ivraie et le bon grain!  

 « Laissez-les pousser ensemble » nous dit Jésus.

Nous autres, on voudrait agir comme les serviteurs de l’évangile : enlever l’ivraie, toute trace de mal,  faire disparaître les méchants. Mais, on le sait,  ça peut nous conduire très loin, jusqu’à l’intolérance, la discrimination.  

À l’inverse, cette affirmation de Jésus pourrait bien nous arranger aussi. Un beau prétexte pour ne rien faire devant tout ce mal qui est autour de nous, pour justifier nos silences complices, nos lâchetés,  nos inactions.

L’affaire se complique pas mal quand on réalise qu’il y a en nous de l’ivraie et du bon grain.  Nous savons très bien que la frontière entre le bien et le mal passe par notre cœur, que nous sommes capables d’accomplir de bonnes choses et de faire le mal, que nous avons été créés foncièrement bons mais nous sommes un beau mélange de bien et de mal, de beau et de laid, de grand et de petit, d’amour et de haine, de générosité et de repli, d’enthousiasme et de découragement.

De toute façon, on peut dire que l’affirmation de Jésus est pour le moins surprenante venant d’un Dieu qui n’aime pas le mal!  On peut se demander quelle était bien son intention quand il nous dit : «Laissez-les pousser ensemble!»?

Matthieu a écrit cet évangile en pensant à sa communauté chrétienne, une communauté  qui se scandalisait du nombre de pécheurs qu’il y avait dans ses rangs.   Fallait-il éliminer les méchants chrétiens ?  Non! répond Matthieu,  Vous êtes des croyants, des gens de foi, appuyez-vous sur la patience de Dieu,  faites-lui confiance en réalisant qu’il est patient avec vous aussi comme nous le disaient les paroles du psaume que nous avons prié tantôt : « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. »

Mais Matthieu ne se contente pas de dire « non »!  Il explique pourquoi il faut s’appuyer sur la patience de Dieu, et pourquoi il faut chercher à être patient comme lui.

Vous avez remarqué que, dans l’évangile, il y avait deux semeurs : celui qui est le propriétaire du champ et l’autre qui ne possède rien, ni le champ, ni le grain, ni de la moisson;  celui qui sème le bon grain à profusion et celui qui sème l’ivraie;  celui qui est prêt à tout pour réussir sa récolte et celui qui n’a comme seul but d’étouffer la récolte de l’autre.  Matthieu nous rappelle que c’est Dieu qui est le propriétaire du champ, et il n’y a rien qu’il ne ferait pas pour réussir sa récolte.  On ne ferait que retenir cette seule certitude pour l’enfouir dans notre cœur, et ce serait déjà beaucoup.

Il ne faut pas jamais l’oublier!  Nous sommes le champ de Dieu, ses semences. Il connait toutes les possibilités que nous avons de grandir.  Il nous a créés intelligents et libres.  Il sait que nous sommes capables de prendre le mesure du mal qui nous habite, capables de découvrir des chemins de conversion, capables de découvrir le visage de Dieu au fond de nous. Il a confiance en nous !  Il espère en nous! Fions-nous à la patience de Dieu!

Et ça va encore bien plus loin! St-Paul nous disait tantôt que « L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse … et qu’il intervient pour nous par des cris inexprimables».  C’est beaucoup dire encore!  Ça veut dire que  Dieu est notre partenaire dans  cette lutte pour le triomphe de l’amour, qu’il travaille pour nous et avec nous, souvent à notre insu, comme le soleil, la pluie, la bonne terre participent à la croissance de la semence, sans qu’elle sans rende compte,  jusqu’à sa maturation.

Ce n’est pas une leçon de morale que nous donne l’évangile, mais un message d’espérance et de foi !  Faire confiance !  Prendre appui sur la patience du grand semeur.  C’est en prenant ce chemin que nous apprendrons qu’il y a en nous des espaces de conversion, que nous deviendrons  à l’image de notre Dieu : pleins d’humanité, de bonté et de pardon, pleins de tendresse et de pitié, lent à la colère, pleins d’amour et de vérité.

Faut-il se scandaliser du mal qui est en nous?  Non!, nous dit Matthieu,  parce que, mêlée au mal qui est en nous, il y a la puissance de la vie de Jésus qui grandit aussi, et c’est elle qui l’emportera.  Le mal sera englouti  comme une goutte d’eau dans la fournaise d’un volcan. L’eucharistie qui nous rassemble nous appelle à la confiance et à l’action de grâce en nous rappelant que le Seigneur reste avec nous.  Demandons-lui de faire grandir le bon grain en nous et de le faire fructifier en abondance.