Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 13 juillet 2008


15è Dimanche ordinaire

Après avoir entendu cette parabole, vous êtes peut-être portés à faire un petit examen de conscience en vous demandant quelle sorte de terre vous êtes :  le sol pierreux, les ronces, la bonne terre.  C’est très bien, mais aujourd’hui, je vous propose une autre lecture.

Dans le temps de Jésus,  les gens ne cultivaient  pas la terre comme on le fait, nous,  aujourd’hui.  Chez nous, on commence par labourer, et puis on sème.  Nous sommes certains que la semence va tomber dans les sillons et surtout dans la bonne terre.  Ce n’était pas comme ça au temps de Jésus!  Au contraire, on commençait par semer ; on labourait ensuite! Évidemment, il y avait beaucoup de gaspillage!  Les oiseaux avaient tout le temps de venir picorer.  Et si le vent se mettait de la partie,  il y avait de la semence qui s’en allait sur le chemin ou dans les ronces.  Une partie de la semence seulement demeurait dans la bonne terre!

C’est à partir de la façon de faire de son temps que Jésus nous donne sa parabole.  Comme les paysans d’alors, Dieu sème à tout vent, tout en sachant très bien, qu’il y a, en chacun de nous, des coins de notre esprit et de notre cœur qui sont très peu réceptifs à sa Parole;  que nous avons tous des soucis et des occupations qui nous accaparent;  qu’il y a des pierres en nous et les ronces étouffantes de la vie et de nos passions.  On le sait très bien, Jésus lui-même a semé en abondance, mais on n’a pas toujours écouté sa parole.  Même après la multiplication des pains, il y a de ses disciples qui le quittent.  On finira même par le mettre sur une croix à cause de la semence qu’il répandait sur sa route.

St Paul nous disait tantôt : « la création passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore.  Nous aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance. »  On vit la même chose que Paul!  Nous habitons un monde qui est loin de la justice, de la paix, de la solidarité et de la compassion.  Mais nous pouvons espérer parce que, nous dit Jésus, Dieu  sème à tout vent.  Il sait qu’il y a une terre à ensemencer, un pécheur à sauver, un frère à aimer.  Il sait, lui, le semeur, qu’au milieu de l’ivraie peut aussi pousser le bon grain et qu’il faut bien du temps et de la patience pour voir venir la moisson.  On peut penser, par exemple,  à l’ivraie qu’il y avait dans le cœur de Pierre quand il a renié, et à la semence qui a porté du fruit dans son cœur quand Jésus lui a demandé s’il l’aimait.   

Je pense qu’il y a là un très beau message pour les parents.  Ils aiment leurs enfants;  ils leur ont transmis leur foi.

Et puis, ils constatent qu’il n’y a pas grand-chose  qui pousse. Un beau jour, leurs enfants ne viennent plus à l’Église; Dieu ne les intéresse même plus.  Et les parents se culpabilisent en se demandant quoi faire.  Jésus nous dit qu’il faut agir comme ce semeur qui est Dieu, continuer à aimer, parfois très silencieusement.  Continuer à prier pour eux.  Cet amour-là n’est jamais perdu. 

Au début de l’évangile, on voyait Jésus monter dans une barque pour mieux se faire entendre d’une foule immense.  La barque, dans l’évangile, c’est toujours son Église, une barque ballottée par la tempête et les vents contraires.   Rappelons-nous, en écoutant l’évangile, que Jésus ne commence pas par regarder le chemin pierreux ni les ronces.  Il mise toujours sur la bonne terre.   Et il se débrouille  pour lui faire porter du fruit.

Il nous invite à faire confiance à Dieu, ce semeur optimiste qui entrevoit déjà une moisson réussie : « Les grains ont donné du fruit à raison de cent, de soixante, de trente pour un."  J’ai beaucoup  aimé les paroles du psaume que nous avons prié tantôt : "Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles de richesses... tu prépares les moissons ... sur ton passage ruisselle l’abondance ... les plaines se couvrent de blé… Tout exulte et chante."

Jésus n’a pas offert pour rien sa pauvreté, sa douceur patiente, son œuvre de paix, ses souffrances de persécuté.  Il n’a pas offert pour rien la semence de son Corps et de son sang sur la Croix.  Il savait la fécondité de son sacrifice :  « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Souvent, on ne voit que le négatif, le mal et le péché.  La parabole nous invite à prendre une attitude contraire.   Laissons-nous emporter par ce chant de joie  et d’action de grâce, par cette eucharistie qui habite le cœur du semeur convaincu que la bonne terre donnera du fruit en abondance.

L’eucharistie que nous célébrons est elle-même une semence pour notre cœur, une semence appelée à produire du fruit. Dans la prière finale tantôt, nous demanderons au Seigneur « de faire grandir nous son œuvre de salut »,  de faire grandir ce qu’il a semé en nous, et de le faire chaque fois que nous la célébrons.