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Après avoir entendu cette
parabole, vous êtes peut-être portés à faire un petit
examen de conscience en vous demandant quelle sorte de terre
vous êtes : le
sol pierreux, les ronces, la bonne terre. C’est
très bien, mais aujourd’hui, je vous propose une autre
lecture.
Dans le temps de Jésus,
les gens ne cultivaient pas
la terre comme on le fait, nous, aujourd’hui.
Chez nous, on commence par labourer, et puis on sème. Nous
sommes certains que la semence va tomber dans les sillons et
surtout dans la bonne terre. Ce
n’était pas comme ça au temps de Jésus!
Au contraire, on commençait par semer ; on labourait
ensuite! Évidemment, il y avait beaucoup de gaspillage!
Les oiseaux avaient tout le temps de venir picorer. Et
si le vent se mettait de la partie,
il y avait de la semence qui s’en allait sur le
chemin ou dans les ronces.
Une partie de la semence seulement demeurait dans la
bonne terre!
C’est à partir de la façon de
faire de son temps que Jésus nous donne sa parabole.
Comme les paysans d’alors, Dieu sème à tout vent,
tout en sachant très bien, qu’il y a, en chacun de nous,
des coins de notre esprit et de notre cœur qui sont très peu
réceptifs à sa Parole; que
nous avons tous des soucis et des occupations qui nous
accaparent; qu’il
y a des pierres en nous et les ronces étouffantes de la vie
et de nos passions. On
le sait très bien, Jésus lui-même a semé en abondance,
mais on n’a pas toujours écouté sa parole.
Même après la multiplication des pains, il y a de ses
disciples qui le quittent.
On finira même par le mettre sur une croix à cause de
la semence qu’il répandait sur sa route.
St Paul nous disait tantôt :
« la création passe par les douleurs d’un enfantement
qui dure encore. Nous
aussi, nous crions en nous-mêmes notre souffrance. »
On vit la même chose que Paul!
Nous habitons un monde qui est loin de la justice, de
la paix, de la solidarité et de la compassion.
Mais nous pouvons espérer parce que, nous dit Jésus,
Dieu sème à tout
vent. Il sait
qu’il y a une terre à ensemencer, un pécheur à sauver, un
frère à aimer. Il
sait, lui, le semeur, qu’au milieu de l’ivraie peut aussi
pousser le bon grain et qu’il faut bien du temps et de la
patience pour voir venir la moisson.
On peut penser, par exemple, à
l’ivraie qu’il y avait dans le cœur de Pierre quand il a
renié, et à la semence qui a porté du fruit dans son cœur
quand Jésus lui a demandé s’il l’aimait.
Je pense qu’il y a là un très beau message pour les parents.
Ils aiment leurs enfants; ils
leur ont transmis leur
foi.
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Et puis, ils
constatent qu’il n’y a pas grand-chose qui
pousse. Un beau jour, leurs enfants ne
viennent plus à l’Église; Dieu ne les intéresse même
plus. Et les
parents se culpabilisent en se demandant quoi faire.
Jésus nous dit qu’il faut agir comme ce semeur qui
est Dieu, continuer à aimer, parfois très silencieusement.
Continuer à prier pour eux.
Cet amour-là n’est jamais perdu.
Au début de l’évangile, on
voyait Jésus monter dans une barque pour mieux se faire
entendre d’une foule immense.
La barque, dans l’évangile, c’est toujours son
Église, une barque ballottée par la tempête et les vents
contraires. Rappelons-nous,
en écoutant l’évangile, que Jésus ne commence pas par
regarder le chemin pierreux ni les ronces.
Il mise toujours sur la bonne terre.
Et il se débrouille
pour lui faire porter du fruit.
Il nous invite à faire confiance
à Dieu, ce semeur optimiste qui entrevoit déjà une
moisson réussie : « Les grains ont donné
du fruit à raison de cent, de soixante, de trente pour
un." J’ai
beaucoup aimé
les paroles du psaume que nous avons prié tantôt :
"Tu visites la terre et tu l’abreuves, tu la combles
de richesses... tu prépares les moissons ... sur ton
passage ruisselle l’abondance ... les plaines se couvrent
de blé… Tout exulte et chante."
Jésus n’a pas offert pour rien sa pauvreté, sa douceur patiente, son
œuvre de paix, ses souffrances de persécuté.
Il n’a pas offert pour rien la semence de son Corps
et de son sang sur la Croix.
Il savait la fécondité de son sacrifice :
« Si le grain de blé ne tombe en terre et ne
meurt, il reste seul. S’il meurt, il porte beaucoup de
fruit. »
Souvent, on ne voit que le négatif, le mal et le péché.
La parabole nous invite à prendre une attitude
contraire. Laissons-nous
emporter par ce chant de joie et
d’action de grâce, par cette eucharistie qui habite le cœur
du semeur convaincu que la bonne terre donnera du fruit en
abondance.
L’eucharistie que nous célébrons est elle-même une semence pour
notre cœur, une semence appelée à produire du fruit. Dans
la prière finale tantôt, nous demanderons au Seigneur
« de faire grandir nous son œuvre de salut »,
de faire grandir ce qu’il a semé en nous, et de le
faire chaque fois que nous la célébrons.
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