Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 6 juillet 2008


14è dimanche du temps ordinaire

Pour actualiser l’évangile aujourd’hui, je vais essayer de me mettre dans la peau de deux personnages qui vous raconterons eux-mêmes leur histoire.  Premier personnage!

Bonjour!  Je m’appelle Simon, le fils de Jonah. J’habite à Capharnaüm, en Galilée, une ville de mauvaise réputation située au bord du lac de Tibériade. Je suis pêcheur de métier!  Un métier pas facile!  Des tempêtes, j'en ai vu de toutes les couleurs. Passer des nuits blanches à rien prendre, je connais ça!  C'e n’est pas ça qui aide à faire vivre la famille. 

Un bon matin que je revenais de la pèche, j'étais en train de ramasser mes filets et de faire du ménage dans ma barque quand il y a un homme, dans la trentaine à peu près, qui est venu me voir. Je pensais qu'il voulait m'acheter du poisson, mais il m'a dit «Viens, suis-moi, je vais faire de toi un pêcheur d’hommes!!»  Ça ressemblait un peu à votre Évangile d’aujourd'hui "Venez à moi, vous tous qui peinez, je vous soulagerai!".  Impulsif comme je suis et sans trop réfléchir, je l’ai suivi.  J’ai appris à le connaître au fil des années.  C’était le cousin de Jean-Baptiste qui prêchait dans le désert.  Il faisait des choses extraordinaires.

Je dis « extraordinaire » parce que, à cause de lui, on a eu quelques pêches qu’on pourrait qualifier de « miraculeuses. ». Une fois, il a même apaisé une grosse tempête alors qu’on était en train de chavirer.  Et tout ça, c’est sans parler de tout le bien qu’il faisait. Il en a soulagé du monde. Il guérissait toutes sortes de maladies; Il pardonnait comme on n’avait jamais vu.  Des fois, il parlait en paraboles, pas toujours faciles à comprendre, mais il y avait du monde qui se sentait visé, surtout les pharisiens qui faisaient porter aux autres des fardeaux qu’ils ne levaient même pas du petit doigt. Des fois, je me disais "ça va mal finir cette histoire là!"  Mais, je me raisonnais et je me disais qu’il était tellement bon et puissant qu’il finirait bien par gagner.  Pour vous dire le fond de ma pensée,  j’étais certain que c’était lui le libérateur que nos prophètes avaient annoncé et qu’on attendait depuis si longtemps.

Une fois, il nous a demandé à moi et à mes amis qu'est-ce qu’on pensait de lui? Je n’ai pas tourné autour du pot : "C’est toi le Messie." Là, il m’a dit que ça ne venait pas de moi. puis il a commencé à nous dire qu'il allait être arrêté, jugé, mis à mort.  "Ben, voyons, ça n'a pas d'allure! » que je lui ai dit.  Il m'a piqué une méchante crise, cette fois-là. Il avait bien raison!  Pas longtemps après, ils sont venus l’arrêter, comme un bandit.  Là, j'ai eu peur!  Tellement que j'ai dit à une fille que je ne l’avais jamais vu! Trois fois! Quand il m’a regardé en sortant du tribunal, j’ai braillé comme un enfant.  

Il nous avait dit qu'il était pour ressusciter, et c'est arrivé le jour de Pâques.  Parfois, sans qu’on s’y attende, il était là au milieu de nous autres. Pas juste une fois! Plusieurs fois!  La dernière fois qu’on l’a vu, il m’a demandé devant tout le monde, si je l’aimais. Trois fois encore!  Vous comprenez que je n’étais pas à l’aise avec tout ce que j’avais fait.  Mais je l’aimais, puis je lui ai dit.  Alors il m’a dit : c’est toi qui va être responsable de mon Église. J’ai bien vu que, ce qui comptait pour lui, ce n’était pas mon "Curriculum Vitae", mais d’être sûr que je l’aimais.

Quand vous l’entendrez vous dire : "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos » vous vous rappellerez de mon histoire parce que, quand je me suis mis à le suivre, ça a changé toute ma vie. 

Deuxième personnage.

Bonjour!  J’aime mieux ne pas vous dire comment je m’appelle. Vous connaissez le  le médecin qui est à Antioche, Luc.  Un jour, il est venu me rencontrer pour que je lui raconte mon histoire avant d’écrire son livre sur Jésus. Il n’a pas écrit mon nom dans son livre!  Très délicat de sa part.

En ville, on m'appelait "la femme pécheresse", ça vous donne une petite idée! La pomme pourrie, c’était moi!  Le monde changeait de trottoir quand il me rencontrait sur la rue. Il n’y avait personne qui m’aimait vraiment! Même pas le bon Dieu, parce que j’avais appris qu’il aimait juste les bons puis qu’il punissait les méchants.

Vous comprenez comment je pouvais me sentir toute seule, sans avenir, un gros voyage sur les épaules.

Une fois, il y a quelqu'un qui m'a parlé d'un certain Jésus.  Il me racontait que tout le monde allait l’écouter quand il passait dans un village, comme le pape quand il fait des voyages.  Il répétait que le bon Dieu était tendresse et pitié, plein d'amour, qu'il fallait toujours pardonner. Il avait même vu ce Jésus guérir 10 lépreux en même temps. Pour nous autres, s’il y avait des impurs, c’était bien eux-autres.  Nos chefs nous disaient qu’ils étaient punis à cause de leurs péchés. Il fallait même qu’ils se promènent avec une clochette pour avertir le monde qu’ils étaient dangereux. C'était bien pire que moi, ça!  Pourtant ce Jésus les avait guéris!

Ça me faisait du bien d’entendre ça!  Je me promettais bien d’aller le voir quand il passerait par chez nous.  Dans mon cœur, il y avait une voix qui me disait : « Tu devrais aller le voir, il va te faire du bien! » Ça revenait puis ça revenait! Ça a duré des mois!

Puis, un soir du mois de décembre, j'ai appris qu’il avait été invité à souper par Simon, un pharisien qui demeure à l’autre bout de la ville.  Je n’en pouvais plus!  C'était plus fort que moi, j'ai pris mon courage à deux mains, il fallait que je le vois, ce Jésus. Que le diable emporte Simon, il pensera ce qu’il voudra!

Quand je suis arrivé à la maison, il y a un serviteur qui m'a dit que ça n’allait pas bien.  Simon avait mal accueilli son invité.  Il avait même pris la peine d’en inviter d’autres comme lui, juste pour prendre Jésus au piège. Quand je suis entrée dans la salle, je vous dis que je n’étais pas la bienvenue. Un vrai silence de mort!  Je m’étais dit : « Je vais faire pour Jésus ce que Simon aurait dû faire quand on accueille quelqu’un chez nous.  Vous savez, quand on arrive d’un long voyage à pied, dans le sable puis dans la chaleur, on ne sent pas bon et on a besoin de se laver un peu. Alors je me suis approchée de Jésus.  Je lui ai mis un petit peu de parfum sur la tête.  Je lui ai lavé les pieds.  M'a vous dire bien franchement, je n’avais pas besoin d'eau, je braillais comme une Madeleine.  Jésus a bien vu que Simon n’était pas de bonne humeur.  Alors, il lui a dit : « Tu sais, Simon, elle a fait pour moi ce que toi tu aurais dû faire.  Je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés sont pardonnés, parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Vous auriez dû voir ces yeux quand il m’a regardée et qu’il m’a dit : "Tu peux t'en aller en paix maintenant, ta foi t'a sauvée ».

J’étais bouleversée! Je flottais!   C’était comme si je revenais au monde une deuxième fois.  Puis, je suis sortie de la maison! Je ne sais pas trop comment le souper a fini.

J’ai toujours suivi Jésus par après. J’étais là quand ils l’ont mis sur la croix.  J’ai été une des premières à courir au tombeau, de bonne heure le matin de Pâques.  Et quand je me suis aperçue qu’on avait volé son corps, j’ai demandé au jardinier où on l’avait mis. Je l’ai entendu prononcer mon nom avec tellement d’amour.! C’était lui! J’ai couru comme une folle pour le dire aux autres, mais ils pensaient que je délirais. Ils ne me croyaient pas!

Si jamais vous tombez sur le livre de Luc et que vous lisez le passage où Jésus dit :   "Venez à moi, vous tous, qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos.  Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur", vous vous souviendrez de mon histoire et vous comprendrez quel fardeau est tombé de mes épaules ce soir là.

Poursuivons notre prière.