Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 29 juin 2008


Saints Pierre et Paul

« Tu es Pierre : et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »

Jésus confie une mission à Pierre : celle d’être le rocher sur lequel il va bâtir son Église.   C’est une image qui nous parle beaucoup; un rocher, c’est du solide!  Pourtant ce rocher que doit être Pierre est loin d’être solide. Tout de suite après l’évangile qu’on vient d’entendre, Jésus annonce  à ses disciples qu’il devra souffrir beaucoup et être mis à mort avant de ressusciter le troisième jour.  Alors, Pierre, dans toute sa fougue, lui fait de vifs reproches : « Dieu t’en préserve, Seigneur.  Non, cela ne t’arrivera pas! »  Et Jésus n’y va pas avec le dos de la cuillère : il le traite de Satan qui se met en travers de sa route.  Loin d’être solide, Pierre!  Les jours de la Passion, par peur, il reniera son Seigneur trois fois.

Et ce n’est pas encore fini!  Après la résurrection de Jésus, alors qu’il se trouve à Antioche, il éprouvera le même peur à tel point que St Paul lui fera de vifs reproches.   Un rocher bien fragile, Pierre!  Si on peut dire que ses attitudes sont bien ambiguës, on peut bien ajouter que celles de Jésus sont pour le moins étrange.  Ne pouvait-il pas choisir un disciple plus fiable?

On éprouve la même surprise quand on regarde St Paul.  Qui aurait pu imaginer que Dieu choisirait un spécialiste de la persécution contre les premiers chrétiens pour en faire un apôtre extraordinaire auprès des païens?  Si les attitudes de Jésus sont pour le moins étranges, on peut bien ajouter que le Seigneur fait preuve d’humour en choisissant deux hommes aussi différents l’un de l’autre.

La fête d’aujourd’hui est une fête bien importante pour l’Église.  C’est très rare qu’on remplace la liturgie habituelle du dimanche par la fête de saints.  Une fête importante parce qu’elle nous permet de regarder l’Église à ses débuts,  parce qu’elle nous permet de prendre conscience que c’est Dieu qui prend l’initiative. C’est lui qui bâtit son Église, et quand il a un plan, il le réalise, pas tout seul bien sûr, mais en comptant sur notre complicité et notre collaboration.  Quand Dieu a un projet à cœur, il le conduit à terme.  Ça marche!

C’est ça que le Seigneur fait comprendre à Pierre et à Paul!  C’est lui qui bâtit son Église.  Ils ne sont que des collaborateurs, des serviteurs.   Pierre et Paul ne pourront jamais se glorifier de la mission que le Seigneur leur confie, si grande soit-elle.  Et pour que cette mission ne lui monte pas à la tête, Jésus rappellera à Pierre sa faiblesse, pas pour l’humilier, mais pour qu’il se souvienne à jamais qu’il n’est pas meilleur que les autres. Même chose pour Paul qui reconnaît à plus reprises ses propres faiblesses.

En réalité, l’intention de Jésus est d’une très grande importance.  Après sa résurrection, il demandera à Pierre par trois fois : « Pierre, m’aimes-tu plus que ceux-ci? » 

La responsabilité de Pierre, c’est d’être au service de la croissance de l’amour de Dieu et du prochain chez tous les membres de l’Église.   C’est ça le vrai pouvoir dans l’Église : être au service de la croissance de l’amour.  C’est la responsabilité des pasteurs d’aujourd’hui, la responsabilité de toutes les personnes impliquées dans l’Église : être au service de l’amour,  sans jamais avoir honte de nos fragilités et même de nos erreurs.  Ça me rejoint beaucoup dans ma responsabilité de pasteur, surtout par les temps qui courent.

La première lecture, tantôt, nous racontait que Pierre était prisonnier d’Hérode, placé « sous la garde de quatre escouades de quatre soldats. »  Et pendant qu’il était détenu, « L’Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. »   Il me semble qu’on trouve là la trace de notre première collaboration :   entrer dans le plan de Dieu par la prière.  Notre première collaboration au projet d’Église, ce n’est pas de faire des choses spectaculaires mais de faire ce que Dieu veut.  C’est vrai qu’il y a des choses spectaculaires dans la lecture : un ange qui réveille Pierre,  les chaînes qui tombent, les portes qui s’ouvrent.  Mais il ne faut pas confondre le spectaculaire avec l’extraordinaire.  La naissance de Jésus, par exemple, était loin d’être  spectaculaire, et pourtant elle était extraordinaire. Il faut toujours se rappeler que l’extraordinaire, c’est Dieu qui le fait!

Le long chemin qui dessine peu à peu l’amitié qu’il y a entre Pierre et Jésus est un chemin séduisant.  On peut même dire qu’il ressemble à nos propres chemins. Tissé d’enthousiasme et de reniement, parsemé de chutes et de relèvements, le chemin de Pierre est un peu notre chemin à tous.  De question en question, au fil de la vie, Jésus éduque la foi de Pierre et la nôtre :  « Que cherchez-vous?  Pour vous, qui suis-je?  Pourquoi as-tu douté?  M’aimes-tu? »  À toutes ces questions, il faut savoir risquer nos propres réponses.  

La fête d’aujourd’hui nous révèle que pour connaître Dieu,  il faut avoir les yeux fixés sur lui comme Pierre et Paul, en nous rappelant toujours que c’est lui qui prend l’initiative, qui fait merveille, pas dans notre style à nous, mais dans son style à lui.  Rappelons-nous toujours qu’il est capable de choisir des personnes tellement différentes de celles que nous imaginons,  des personnes dont on dit « Je n’en reviens pas ».

Comme Pierre et Paul, nous avons reçu le don de la foi. Soyons fiers de ce que Pierre et Paul nous ont apporté,  heureux d’appartenir au Christ et à l’Église! Soyons des témoins de l’amour de Dieu!  Vivons comme des frères et comme des sœurs semant autour de nous la Bonne Nouvelle de l’amour pour que l’Église  demeure le flambeau qui éclaire tout homme, toute femme de bonne volonté.