Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 15 juin 2008


11e Dimanche ordinaire

« Voyant les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. »  

« Il eut pitié ».  Ces trois petits mots reviennent à plusieurs reprises dans la bouche de Jésus.   On n’est pas très à l’aise avec cette expression parce que, chez nous, le mot « pitié » prend souvent les couleurs du mépris. Par exemple, quand les gens voient un alcoolique qui tombe parce qu’il est trop saoul pour marcher, ils disent : « Mon Dieu, que ça fait pitié! »  Et si on rencontre devant le dépanneur une personne qui nous demande des sous pour s’acheter du lait alors que tout le monde sait qu’elle veut s’acheter des « gratteux », on s’exprime en disant « Eh, que ça fait donc pitié! ».  Et on se trouve bien chanceux de ne pas être tombé si bas dans la vie.  

Jésus vient de commencer son ministère et déjà, il est ému devant les foules qui sont abandonnées à leur sort par le roi Hérode,  méprisées par les autorités religieuses, « abattues » parce qu’elles manquent d’espérance. Plus concrètement,  il vient tout juste de rencontrer un collecteur d’impôt méprisé par les Juifs,  un possédé qui était muet, une femme qui a des pertes de sang. Il éprouve de la pitié pour tout ce monde, il est bouleversé, ému jusqu’à en avoir mal au ventre.  Et on le voit s’arrêter pour soulager les souffrances de ceux et celles qu’il rencontre sur sa route.  

En 2008, je pense que le Christ continue de regarder notre monde avec un cœur chaviré.  Il continue de se laisser émouvoir par les personnes atteintes du Sida, devant quelqu’un impliqué dans le scandale des commandites, devant une femme qui vient de vivre un avortement, devant un notable qui vient de perdre sa fille, devant les catholiques non-pratiquants, devant un schizophrène qui a perdu la parole.   Il continue d’être profondément ému et bouleversé parce qu’il ne s’arrête pas à la surface, mais les voit  comme des êtres humains qui souffrent et qui sont à soulager.  Il désire toujours pardonner, guérir, libérer, remettre debout.  

Comme c’est le cas chez nous quand il y a des catastrophes, comme le déluge du Saguenay, la crise du verglas, les grosses tempêtes de cette semaine, Jésus, devant les foules abattues et sans berger,  veut mettre en place des mesures d’urgence qui sont toujours valables aujourd’hui.


Première mesure d’urgence, la prière. Il a prié pendant  toute la nuit avant de choisir ses disciples et il nous invite à faire de même.  « Priez le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson! »,  d’envoyer des pasteurs, des bergers,  des personnes qui se préoccupent du bien-être des foules d’aujourd’hui.  

Vous pourriez bien me dire : « Ben, voyons donc, Jean-Charles,  la prière, ce n’est pas une mesure d’urgence! Il faut être bien plus concret que cela, ne pas rester dans les nuages. La prière, c’est un refuge bien trop commode, une belle manière de ne pas prendre nos responsabilités, de ne pas s’engager.  Je suis certain qu’il y a du monde qui pense ça!  Pourtant, quand on prie sur des situations concrètes, on apprend à sortir de l’indifférence, on apprend à aimer le monde à la manière de Dieu, on apprend à aimer les personnes, ce qui ne peut que nous conduire à agir à la manière de Jésus.  

Deuxième mesure d’urgence!  Jésus choisit douze hommes pour leur confier une mission qui n’est pas seulement le lot de quelques personnes choisies, mais de toute l’Église,  le lot du peuple des baptisés qui, à la suite de Jésus, se voit confier la mission de porter la paix, de guérir, de libérer, de faire revivre.  

En 2008,  comment ne pas être émus, nous aussi,  secoués au fond du cœur, par la détresse, pas seulement matérielle, mais aussi morale et spirituelle des foules de notre temps,   par ces enfants et ces jeunes sans repères et sans avenir,  qui pensent trop souvent au suicide,  par ces adultes qui manquent de perspectives,  qui semblent ne plus avoir de raisons de vivre,  par ces hommes et ces femmes qu’on exclut,  par ces croyants déçus qui s’éloignent de l’Église.  

Comment ne serions-nous pas émus par toutes ces situations, tristes à en mourir.  Il y a de quoi à en avoir mal au ventre comme Jésus.   

Dans le fond, le message d’aujourd’hui est tout simple : devenir des bergers et des bergères selon le cœur de Jésus.  Comme lui, nous laisser émouvoir par les foules de notre temps, prier, aller vers les autres avec les mêmes consignes que Jésus donne à ses apôtres : guérir, libérer, faire revivre.  

Poursuivons notre célébration.