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« Voyant
les foules, il eut pitié d’elles parce qu’elles étaient
fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. »
« Il
eut pitié ». Ces
trois petits mots reviennent à plusieurs reprises dans la
bouche de Jésus. On
n’est pas très à l’aise avec cette expression parce que,
chez nous, le mot « pitié » prend souvent les
couleurs du mépris. Par exemple, quand les gens voient un
alcoolique qui tombe parce qu’il est trop saoul pour
marcher, ils disent : « Mon Dieu, que ça fait pitié! »
Et si on rencontre devant le dépanneur une personne
qui nous demande des sous pour s’acheter du lait alors que
tout le monde sait qu’elle veut s’acheter des « gratteux »,
on s’exprime en disant « Eh, que ça fait donc pitié! ».
Et on se trouve
bien chanceux de ne pas être tombé si bas dans la vie.
Jésus
vient de commencer son ministère et déjà, il est ému
devant les foules qui sont abandonnées à leur sort par le
roi Hérode, méprisées
par les autorités religieuses, « abattues » parce
qu’elles manquent d’espérance. Plus concrètement,
il vient tout juste de rencontrer un collecteur d’impôt
méprisé par les Juifs, un
possédé qui était muet, une femme qui a des pertes de sang.
Il éprouve de la pitié pour tout ce monde, il est bouleversé,
ému jusqu’à en avoir mal au ventre.
Et on le voit s’arrêter pour soulager les
souffrances de ceux et celles qu’il rencontre sur sa route.
En
2008, je pense que le Christ continue de regarder notre monde
avec un cœur chaviré. Il
continue de se laisser émouvoir par les personnes atteintes
du Sida, devant quelqu’un impliqué dans le scandale des
commandites, devant une femme qui vient de vivre un
avortement, devant un notable qui vient de perdre sa fille,
devant les catholiques non-pratiquants, devant un schizophrène
qui a perdu la parole.
Il continue d’être profondément ému et bouleversé
parce qu’il ne s’arrête pas à la surface, mais les voit comme
des êtres humains qui souffrent et qui sont à soulager.
Il désire toujours pardonner, guérir, libérer,
remettre debout.
Comme
c’est le cas chez nous quand il y a des catastrophes, comme
le déluge du Saguenay, la crise du verglas, les grosses tempêtes
de cette semaine, Jésus, devant les foules abattues et sans
berger, veut
mettre en place des mesures d’urgence qui sont toujours
valables aujourd’hui.
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Première
mesure d’urgence, la prière. Il a prié pendant
toute la nuit avant de choisir ses disciples et il
nous invite à faire de même. « Priez
le Père d’envoyer des ouvriers à sa moisson! »,
d’envoyer des pasteurs, des bergers,
des personnes qui se préoccupent du bien-être des
foules d’aujourd’hui.
Vous
pourriez bien me dire : « Ben,
voyons donc, Jean-Charles, la
prière, ce n’est pas une mesure d’urgence! Il faut être
bien plus concret que cela, ne pas rester dans les nuages.
La prière, c’est un refuge bien trop commode, une belle
manière de ne pas prendre nos responsabilités, de ne pas
s’engager. Je
suis certain qu’il y a du monde qui pense ça!
Pourtant, quand on prie sur des situations concrètes,
on apprend à sortir de l’indifférence, on apprend
à aimer le monde à la manière de Dieu, on apprend à
aimer les personnes, ce qui ne peut que nous conduire à
agir à la manière de Jésus.
Deuxième
mesure d’urgence! Jésus
choisit douze hommes pour leur confier une mission qui
n’est pas seulement le lot de quelques personnes choisies,
mais de toute l’Église,
le lot du peuple des baptisés qui, à la suite de Jésus,
se voit confier la mission de porter la paix, de guérir, de
libérer, de faire revivre.
En
2008, comment ne
pas être émus, nous aussi,
secoués au fond du cœur, par la détresse, pas
seulement matérielle, mais aussi morale et spirituelle des
foules de notre temps,
par ces enfants et ces jeunes sans repères et sans
avenir, qui
pensent trop souvent au suicide,
par ces adultes qui manquent de perspectives,
qui semblent ne plus avoir de raisons de vivre,
par ces hommes et ces femmes qu’on exclut,
par ces croyants déçus qui s’éloignent de l’Église.
Comment
ne serions-nous pas émus par toutes ces situations, tristes
à en mourir. Il
y a de quoi à en avoir mal au ventre comme Jésus.
Dans
le fond, le message d’aujourd’hui est tout simple :
devenir des bergers et des bergères selon le cœur de Jésus.
Comme lui, nous
laisser émouvoir par les foules de notre temps, prier,
aller vers les autres avec les mêmes consignes que Jésus
donne à ses apôtres : guérir, libérer, faire
revivre.
Poursuivons
notre célébration.
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