Paroisse Notre-Dame de l'Eau Vive

Homélie de Mgr Jean-Charles Dufour du 8 juin 2008


10e dimanche ordinaire

Vous avez remarqué ce petit bout de phrase dans la 1e lecture : « Efforçons-nous de connaître le Seigneur.» On sait, par expérience que, si on veut bien connaître quelqu’un, il faut le fréquenter. Pour bien connaître Jésus, il faut le fréquenter, comme nous le faisons en venant à la messe ce matin.  C’est toujours la même chose pour notre Dieu;  si on veut bien le connaître, on n’a pas le choix, il faut le fréquenter.

Ça paraît facile, mais ce n’est pas si facile que ça!  Depuis toujours, on considère Dieu comme quelqu’un de très grand, de tout-puissant, transcendant, maître de l’univers.  Aussi, nous avons toujours appris qu’on ne peut pas s’approcher de lui n’importe comment.

Pour être en mesure de s’approcher de Dieu et de le fréquenter, pour en être digne, les Juifs avaient mis en place tout un système de purification : des lavages innombrables et quotidiens, un système de sacrifices à n’en plus finir. Les pharisiens ont souvent reproché à Jésus et à ses disciples de ne pas se laver les mains.  Quand Marie et Joseph vont présenter leur bébé au Temple, St Luc nous dit : « Puis, quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, en offrant un couple de tourterelles ou deux petites pigeons. »

Mais les Juifs savaient bien aussi que la pureté du cœur était encore bien plus importante.  Pendant des générations et des générations, les prophètes n’avaient cessé de le dire. Il fallait « être pur », « juste » aux yeux de Dieu, obéir aux commandements.

Ce n’est pas difficile de comprendre que cette façon de voir a eu des conséquences énormes.  Très vite, on a divisé le peuple de Dieu en deux classes : d’un côté, les purs, et de l’autre les impurs : les « purs », les « justes », comme les pharisiens ou les docteurs de la Loi, et les « impurs » comme les publicains, les prostituées, les pécheurs de toutes sortes… et même les bergers qui, en raison de leur métier, étaient considérés comme des non-pratiquants.  Évidemment, pour les purs, les impurs ne pouvaient absolument pas s’approcher de Dieu, et encore moins le connaître.

Dans l’évangile qu’on vient d’écouter, on voit que Jésus vient bouleverser complètement ce système.   « Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. »  C’est un scandale pour les pharisiens qui sont bouleversés par le geste de Jésus,  parce que, celui qui fréquentait les impurs devenait lui-même un impur.  À leurs yeux, Jésus devenait un impur;  il ne pouvait s’approcher de Dieu;  impossible qu’il puisse venir de la part de Dieu.

Alors, Jésus leur dit : « Allez apprendre ce que veut dire cette parole : c’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices. Car je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. » Jésus va très loin.  Il ne demande pas aux pécheurs qui viennent vers lui d’aller d’abord se purifier, de changer de vie.  Il les accueille comme ils sont.  S’il avait exigé qu’ils soient purs avant de les accueillir, il attendrait encore.  Il les reçoit sans rien leur demander parce qu’il sait que c’est seulement quand ils découvriront qu’ils sont aimés gratuitement pour eux-mêmes qu’ils pourront apprendre à aimer en vérité et commencer à se convertir.

Lors des deux assemblées générales de paroissiens, la pastorale de l’accueil a été mis de l’avant.  Les personnes qui ont pris la parole dans le cadre du « Projet de visitation de Mgr », ont insisté sur l’accueil.  L’équipe pastorale considère que c’est la première valeur à promouvoir au cours de la  prochaine année.  Ça me réjouit quand je lis l’évangile d’aujourd’hui. Ce qui était vrai dans le temps de Jésus est encore vrai aujourd’hui.

Je termine par une petite méditation.

Seigneur, tu habitais Capharnaüm depuis le début de ton ministère. Tu avais sans doute remarqué Matthieu,

cet homme à son bureau de douane. Et lui, de son côté, il avait dû entendre parler de toi. Peut-être même t’avait-il aperçu quand tu passais. Mais il était resté à l’écart, conscient de sa situation de publicain. Comme Zachée, son collègue de Jéricho, il se savait méprisé et rejeté par les soi-disant fidèles observateurs de la loi de Moïse.

Il te manque quelqu’un, Seigneur, pour compléter le groupe de tes disciples.

Tu l’appelles…sans enquête préalable sur sa vie, ses capacités, sa moralité. Ce même appel, tu veux l’adresser à tous, sans distinction. Tu veux dire à tous l’amour de Dieu, à commencer par ceux qui en ont le plus besoin : les rejetés de ce monde. Il a compris ton appel, ton amour. Sans hésitation, il se lève, laisse tout et se met à te suivre. Mieux encore, il organise un festin pour fêter sa nouvelle vie, un festin comme ceux que tu aimes, où tout le monde est invité.

Les pharisiens sont choqués, mais ils n’osent rien te dire directement. Ils s’en prennent à tes disciples, au lieu de s’en prendre à toi : c’est plus facile, plus lâche aussi!

Mais tu prends leur défense, tout en expliquant ta mission : Tu es venu guérir, sauver, mettre de l’amour dans les cœurs. C’est cela l’essentiel.  

Poursuivons notre prière.